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 La Terre comme un manège...

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MessageSujet: La Terre comme un manège...   Sam 19 Mai - 17:05

Selene regarda la phrase qu'elle venait d'écrire comme si elle eut été l’œuvre d'un autre et la ratura d'un trait de crayon si convaincu que la mine se cassa. Mécontente, elle se leva en pressant ses mains l'une contre l'autre. A quoi bon écrire, de toutes façons ? Ses radotages n'intéressaient personne, même pas elle. Avait-elle vraiment besoin ou envie de faire savoir qu'elle avait connu Phénicie ? Qu'Ancienne Egypte était vraiment cruelle avec Nubie ? Qu'elle avait vu Rome alors qu'il n'était encore qu'un bébé gigotant sur les genoux de Troie ? Sans parler des rumeurs selon lesquelles Carthage était son père... Troie n'avait jamais voulu confirmer ou infirmer.
Tout en retaillant son crayon, la plus-si-jeune femme se mit à réfléchir. Ses souvenirs... Oui, ils avaient été intéressants et même passionnants à vivre. Mais à raconter ?




"Tu sais, tu ne devrais pas... être aussi froide avec Athènes." fit doucement Mû.

Sidérée, Atlantide regarda le futur continent perdu puis se pencha en arrière pour s'appuyer contre le tronc de l'olivier.

"Oh non ! Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi !" gémit-elle en se passant une main sur le visage. Elle déplia ses doigts en énumérant lentement : "Atlantique, Chypre, Nubie, Crète... Lui, naturellement... Et maintenant toi ! C'est du harcèlement ! Qu'est-ce que vous avez tous, à la fin ?"

Un sourire géné aux lèvres, Mû garda le silence un instant.

"Il y a que c'est vraiment le meilleur choix. Pour toi comme pour n'importe qui d'autre."

Selene accusa le coup. Entendre Mû qualifier quelqu'un de meilleur choix... Lui qui considérait que le silence était la meilleure réponse et répugnait à donner son avis personnel...

"Tu es tellement fragile... Il te faut quelqu'un de puissant à tes côtés... Et Athènes... Même Sparte y réfléchit à deux fois avant de le provoquer." continua-t-il d'une voix pensive.

"J'ai déjà quelqu'un de puissant : j'ai Atlantique." répondit sèchement la jeune femme en s'efforçant d'ignorer l'inquiétude qu'elle lisait dans les yeux de son ami.

Mû esquissa un sourire et chassa du bout des doigts une chenille qui se baladait sur la tunique de sa compagne.

"Tu ne pourras pas rester éternellement chez lui... Lui aussi finira par se marier. Avec la Manche ou Méditerranée."

Son sérieux fit éclater de rire Atlantide.

"Tu l'imagines se marier, toi ? C'est un vrai bloc de marbre !
- Fort dur mais fort poli ?
- C'est ça ! Bon courage pour la future Mme Atlantique-ma-belle-soeur !"

Atlantide resta silencieuse un instant.

"De toute façon, même s'il ne veut plus de moi chez lui, je t'ai toi..."
- Je ne suis malheureusement pas aussi puissant qu'Athènes. J'en suis même loin."
répondit-il d'une voix modeste pour cacher le trouble que lui causa l'affirmation de son amie. "Et tu es très... trop..."

Comme le silence se prolongeait, Atlantide se redressa à demi et s'appuya sur un coude, regardant Mû avec perplexité.

"Très trop quoi ?"

Pris de court, il se mit à passer en revue mentalement tous les synonymes de 'désirable' qu'il connaissait. C'était le premier mot qui lui était venu en tête mais il craignait qu'Atlantide ne le prenne dans son sens vulgaire.

"Tentante.
- Tentante ? reprit Atlantide sans sembler comprendre.
- Oui, plus tard, quand tu seras une grande nation, tu seras certainement riche, cultivée, raffinée... Un joli butin. Comme tu n'es pas très offensive ni très défensive, tu seras vraiment une très jolie proie qui fera très envie. Et... je ne suis pas... de taille à protéger quelque chose d'aussi convoité. Je ne suffirais pas."



Atlantide se redressa complètement et se pencha vers lui pour le regarder dans les yeux, très attentivement.

"Tu sais, tu ne devrais pas être aussi sérieux, Mû, ça va te donner des cauchemars. Pas étonnant que tu sois aussi brun avec des idées aussi noires !"






Atlantide regarda le monceau d'épluchures de crayon qui ornait maintenant son bureau. Elle s'en souvenait, maintenant, de ce jour où, avant même d'avoir compris qu'elle l'aimait, elle avait su que Mû et elle ne seraient jamais l'un à l'autre.
Atlantide se leva et alla dans la cuisine se chercher un cornet de glace. Rien que pour les cornets menthe copeaux de chocolat, ça valait le coup d'être restée en vie jusqu'à l'invention du congélateur ! Revenue dans sa chambre, elle repoussa un peu la chaise du bureau et se remit à réfléchir. Le baiser de Mû... Ce baiser... Vieux de presque 11 000 ans... Son premier baiser. Et peut-être aussi le premier baiser du monde. Avec le recul, cela semblait banal et naturel mais, croyez-moi si vous voulez, 11 000 ans plus tôt, il fallait une certaine dose d'extravagance pour imaginer de poser ses lèvres sur celles de quelqu'un. Sans parler du fait d'entr'ouvrir la bouche pour que les langues fassent connaissance ! Surtout quand l'une des deux participants était sous la domination d'un frère abusivement possessif et protecteur.
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MessageSujet: Re: La Terre comme un manège...   Dim 20 Mai - 18:18

Un frère abusivement possessif et protecteur... Atlantique.
Qu'elle était naïve, à l'époque ! Trop candide pour imaginer que les autres n'étaient pas forcément aussi bien attentionnés que Mû, trop innocente pour réaliser que, sans Atlantique pour les tenir en respect... Elle s'agaçait de sentir sans cesse son regard sur elle et sa présence dans son dos, sans comprendre que ce n'était pas elle qu'il tenait à l'oeil.
Si elle lâche ma main, elle va se faire attaquer, piller, annexer. Si je la quitte des yeux, elle va disparaître. Voilà quelles étaient ses pensées de l'époque.
Pourquoi ne le lui avait-il pas expliqué ?




Après leur furtif baiser, ils n'échangèrent plus un mot jusqu'à ce que Mû l'ait raccompagnée à la demeure d'Atlantique. Même arrivés là-bas, ils ne parvinrent pas à briser le silence qui s'était installé autour d'eux et se contentèrent d'échanger un long regard pour se dire au revoir.
Quand il fut parti sans se retourner, Atlantide porta à plusieurs reprises sa main à ses lèvres. Il avait posé sa bouche sur la sienne. Etait-ce bien ou mal ? Une partie d'elle même lui soufflait, sans qu'elle sut pourquoi, que c'était très bien. L'autre, qu'il ne fallait le dire à personne et donc que c'était mal. Pensive elle sortit sur la terrasse et s'assit sur le muret contre lequel elle avait laissé sa lyre, la veille.
La jeune femme appuya son menton sur sa main. Les gens avaient quand même de drôles d'idées. Epouser Athènes parce qu'il était fort et elle faible ? Pourquoi pas épouser Ancienne Egypte parce qu'elle était brune et elle blonde ou Aksoum parce qu'il était noir et elle blanche ?



"Quelle mauvaise foi !
- Pardon ?"


Atlantide, plus surprise que génée, se trouva vers la nouvelle venue. Avait-elle pensé à voix haute ?

"Je dis 'quelle mauvaise foi'." reprit Crète en s'asseyant à côté d'elle. "Je ne sais pas à quoi tu penses, mais tu as cette moue qui dit 'Je sais que j'ai tort mais j'ai raison quand même.'. Tu sais, quand tu fronces les sourcils et que tu gonfles un peu les joues en pinçant les lèvres."

Atlantide allait se vexer mais choisit au dernier moment de sourire à son amie.

"Voilà, c'est comme ça que je veux te vo... Oh oh."

Atlantide tourna la tête et découvrit, sans surprise, une silhouette dans l'encadrement d'une porte. Atlantique la surveillait encore... Comme il s'approchait, Crète se sauva avec un sourire d'excuses.

"Atlantide ?
- Mon frère ?
- Athènes est là... Il veut te parler.
- Encore ?"


Avec un soupir parfaitement audible, Atlantide reposa sa lyre et se leva pour passer dans le salon.

"Attends !"

Elle se tourna vers son frère, surprise.

"N'oublie pas que c'est lui qui nous a élevé... Et que je l'apprécie."
fit Atlantique d'un ton lourd de sous-entendus. Atlantide pinça les lèvres et renifla de mépris.

Néanmoins, elle se contraignit à accueillir chaleureusement leur visiteur. Elle n'avait rien contre lui, elle l'appréciait... Elle l'aimait, même, au fond ! Mais comme un cousin ou un grand frère, comme celui qui les avait quasiment élevés, son frère et elle... Comment le lui faire comprendre sans l'offenser ? Le couple fit le tour du jardin, puis sur une suggestion d'Atlantide, ils le quittèrent pour rejoindre la plage. Pour l'instant la discussion n'avait porté que sur des sujets sans risque, tels que la prochaine fête agricole qui réunirait tous les pays méditerranéens pour célébrer la fin de la moisson, aussi rassembla-t-elle tout son courage.

"Athènes... Il faut que tu arrètes.
- Pourquoi ?
- Je ne t'aime pas de la façon... dont je voudrais aimer mon mari."
fit Atlantide avec toute la diplomatie dont elle était capable mais qui n'arracha qu'un petit sourire désabusé à son interlocuteur.

"Ce n'est pas comme si tu avais le choix.
- Atlantique m'a juré que je l'avais !
- Mais moi je ne te le laisse pas.
- Athènes... Tu es l'héritier de Grèce Antique et un modèle pour tout le monde. Comment peux-tu être un tel tyran ?"


Comme il ne répondait pas, elle haussa les épaules et le dépassait pour rejoindre le jardin lorsqu'il lui saisit le poignet.



"Athènes, lâche-moi." intima-t-elle en essayant de dégager sa main d'un coup sec. Il ne contenta de lui sourire froidement sans répondre, resserrant son étreinte jusqu'à la faire grimacer de douleur.

"Athènes, tu me fais mal !" protesta-t-elle alors que la pensée lui vint que c'était justement le but qu'il recherchait.

C'est alors que, pour Atlantide, le soleil cessa de briller.

"Dans deux jours je viendrais te demander à ton frère et dans quatre je t'emmènerais chez moi."



Atlantide croqua la fin de son cornet de glace et se lécha les doigts. Toute sa vie pouvait se résumer à cette seule journée, qui avait commencé comme la plus belle et s'était terminée de façon atroce. Tout était parti de là. Si Mû ne l'avait pas embrassée et si Athènes ne l'avait pas...
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MessageSujet: Re: La Terre comme un manège...   Dim 10 Juin - 9:05

Mue par une impulsion subite, Atlantide se leva et s'approcha de l'armoire qu'elle ouvrit et d'où elle sortit un sac de toile noire frappé d'un logo US Army vert qu'elle renversa sur son lit. Il s'en échappa un assortiment invraisemblable d'objets ou de débris d'à peu près toutes les époques et toutes les civilisations, certains soigneusement emballés et d'autres mis en vrac. L'île les étala sur le lit du plat de la main pour les distinguer plus facilement et souleva du bout du doigt un anneau de cuivre rongé de vert de gris auquel était suspendues deux clefs grossières qui tintèrent.


"Mon roi veut aller à l'Est pour agrandir son royaume... Quand je reviendrais... Voudras-tu venir chez moi et être ma capitale ?
- Seigneur, votre... quoi ?
- Ma capitale, le coeur de mon empire, mon... coeur. Tout ce que je possède sera à toi."


Comme Atlantide gardait la tête baissée sans répondre, il eut un sourire un peu triste et prit sa main, dans laquelle il glissa deux clefs liées par un anneau de cuivre.



Atlantide regarda les deux clefs plus attentivement. Encore une fois, elle n'était pas passé loin du bonheur, elle en avait même eu les clefs en main ! Elle réfléchit un instant, cherchant à se rappeler les circonstances de leur rencontre. C'était chez Egypte, sans doute, quelques temps après qu'Atlantique l'ait chassée de chez eux.


Elle ne s’aperçut pas tout de suite de son changement de statut car, dans l’Afrique du Nord de l’Antiquité, on vivait sur un grand pied. Tout d’abord, Atlantide se trouva mélangée à la foule nombreuse qui vivait chez Ancienne Egypte : Nubie, Méroé, Aksoum, Carthage, Numidie, D'mt et Pount, sans parler de leurs villes, régions et autres affiliés : Memphis, Thebes, Byblos, Nil, Abydos... Puis elle fut initiée au mode de vie d’Ancienne Egypte, qui était l’une des nations les plus raffinées de l’époque : bain de lait d’ânesses, serviteurs par centaines, mobilier doré à l'or fin... et fêtes sans nombre. De quoi étourdir des nations plus extravagantes qu'Atlantide.

"Dieux, si tu me dis qu’il y a encore une fête ce soir, je vais me mettre à pleurer d’épuisement." fit Atlantide à Ancienne Egypte qui venait d’entrer dans sa chambre. La nouvelle venue ramassa un chat sur le lit et s’assit à sa place en souriant.

"Navrée Atlantide, tu ne peux pas te dispenser d’assister à celle-ci.
- Tu m’as déjà dit ça hier et avant-hier et tous les soirs de la décade dernière !
- Oui, mais ce soir c’est différent, il y aura Empire Hittite et je ne peux pas recevoir ce barbare sans ma deuxième île ! Il est tellement susceptible !
- Tu m'as déjà dit ça pour Perse, Babylone, Syrie et je ne sais qui d'autres...
- Oui, mais cette fois-ci c'est vrai."


Atlantide ouvrit la bouche pour protester encore puis se ravisa. A quoi bon ? L’enthousiasme et le culot d’Ancienne Egypte étaient tels qu’elle la traînerait de force au milieu des invités plutôt que de la laisser seule dans sa chambre.

"Alors c’est oui ? C’est oui ? Parfait, à tout à l’heure mon Elephantine !"

Ancienne Egypte bondit du lit comme éjectée par un ressort et sortit de la chambre en courant à moitié. Atlantide leva les yeux au ciel et alla chercher le chat qui, terrifié, s’était réfugié sous une table basse. Pour que la présence d’Atlantide chez elle ne s’ébruite pas, Ancienne Egypte avait eu l’idée de l’affubler d’une fausse identité et la faisait donc passer pour l’une de ses propres îles. Avec un peu de malice, elle avait choisi elle-même son nouveau nom : Elephantine.

"Et la vraie Elephantine ?
- Ca fait longtemps qu’on n’a plus de nouvelles d’elle. Depuis qu’elle s’est installé ici, en fait. Du jour au lendemain, pfiout, disparue ! Complètement absorbée !"


Très rassurant, se dit Atlantide en ouvrant les coffres contenant ses vêtements pour en sortir de quoi avoir l'air d'une île égyptienne. Ses yeux bleus et ses cheveux blonds n'aidaient pas du tout, l'obligeant à garder les uns soigneusement baissés et les autres dissimulés sous l'une de ces perruques dont raffolait Egypte. Tout en se demandant si elle ne finirait par connaître le sort de l'Elephantine précédente et si ce n'était pas le vrai but d'Egypte, elle mit de côté une robe étroite en lin immaculé, une perruque composée d'une infinité de petites nattes se regroupant en nattes de plus en plus grosses pour finir par n'en plus former qu'une seule, qui serpentait jusqu'à ses reins, une fleur de lotus en or et toutes sortes d'accessoires qui lui avaient été généreusement fournis par Egypte.

"Comment peut-on compliquer à ce point le fait de s'habiller ?" gémit Atlantide d'une voix frustrée en essayant, sans grand succès, de se glisser dans la robe au moyen de moult tortillements et contorsions. Sur son île au moins, un simple rectangle de tissu drapé sur les hanches et sur une épaule ou un cercle de laine, troué en son centre pour le col et ceinturé à la taille, suffisaient ! Personne ne ressentait le besoin ou l'envie de se dessiner une fresque sur le visage ou de porter la moitié de la production minière annuelle à chaque bras !
Au bout d'un laps de temps raisonnablement humiliant, Atlantide parvint à extraire sa tête et ses bras de la prison de tissu de telle sorte qu'elle eut presque l'air élégante. En jetant un regard à ses hanches et à ses jambes pour s'assurer que la robe tombait comme il convenait, elle s'aperçut que son vêtement méritait moins l'adjectif 'étroit' que 'moulant' ou 'collant' et rougit jusqu'aux oreilles en constatant la finesse transparente du tissu.

"Dieux, je ressemble à une Thracienne ou à une prêtresse d'Aphrodite." constata-t-elle en observant son reflet dans le miroir de bronze que lui présentait une esclave. Sa robe était faite d'un fourreau de lin blanc épousant étroitement ses formes, commençant sous sa poitrine et tombant jusqu'à ses pieds. Deux bretelles de même tissu, qui auraient gagné à être plus larges selon l'île, cachaient sa poitrine et se croisaient dans son dos. Elle avait chaussé une paire de sandales finement dorées et posé la fleur de lotus d'or sur sa perruque. En guise de bijou, elle n'avait choisi qu'une paire de boucles d'oreilles lourdes et compliquées d'or et de lapis lazuli et les bracelets assortis, repoussant énergiquement toute tentative de lui faire passer l'un de ses énormes colliers pavés de pierres précieuses qu'affectionnait Egypte.

Lorsqu'elle se présenta à la salle où se tenait le festin, la fête avait déjà commencé. Gardant les yeux baissés et l'attitude humble qui convenait à une simple région, Atlantide traversa la salle pour se retrouver à l'abri d'un pilier orné d'une fresque de chasse. Elle le contournait pour s'enfoncer un peu plus dans la pénombre et se faire oublier lorsqu'elle manqua de trébucher sur un petit garçon, accroupi dans l'ombre. La lance que tenait celui-ci lui échappa des mains et ne fut rattrapé que de justesse par Atlantide.

"Excuse-moi, je ne savais pas qu'il y avait quelqu'un." fit gentiment Atlantide en lui rendant son arme.

Comme il se contentait de la fixer sans répondre, elle s'assit à côté de lui, n'ayant rien de mieux à faire.

"Tu es un invité d'Egypte ?"

L'enfant fit la moue et esquiva le regard d'Atlantide.

"Oui et non. Ma mère était invitée, alors elle m'a emmené.
- Et tu t'appelles... ?
- Macédoine.
- Ah, vous êtes le fils de Corinthe."


Le garçonnet hocha la tête et la regarda avec insistance.

"Je m'appelle Elephantine, j'habite chez Egypte." expliqua Atlantide. La jeune femme observa l'enfant plus attentivement. Ses cheveux bouclés étaient châtain clair, illuminés par des reflets cuivrés et une curieuse mèche couleur de miel qui partait du sommet de son crâne et retombait le long de son visage sérieux et renfermé. Ses yeux couleur de vieil or reflétaient une gravité rare chez quelqu'un de cet âge. Plutôt fluet, il portait une simple tunique blanche qui lui arrivait aux genoux et une cape pourpre trop grande pour lui, maintenue par une broche en forme de pissenlit. Deux manchettes de cuir ceignaient ses avants bras.

"Pourquoi tu me vouvoies, maintenant ?
- Hé bien... Vous êtes déjà un royaume et je ne suis qu'une province d'Egypte... En plus vous êtes son invité, je dois donc vous montrer un certain respect... seigneur."
expliqua Atlantide.

Macédoine se renfrogna.

"Je préfèrerais que tu me tutoies.
- Et moi je préfère vous vouvoyer."
rétorqua joyeusement la jeune femme. "Je ne pourrais jamais tutoyer quelqu'un avec l'air si renfrogné."

Elle fit un geste vers la broche en forme de fleur qui maintenait son vêtement.

"Un pissenlit ?
- Chez moi, ça s'appelle un dent-de-lion. Ma mère veut que je sois comme un lion... plus tard."


Atlantide lui sourit gentiment, cherchant comment le dérider.

"Ma fleur préférée s'appelle le selenicereus, aussi connu sous le nom de Cierge de Séléné ou Reine de la nuit. Il ne s'ouvre qu'à la tombée de la nuit et se referme au matin... J'espère que je ne suis pas devenue comme ça."

D'assez bonne grâce, le petit garçon se fendit d'un léger sourire lorsque Assouan, catastrophé, surgit à son tour derrière le pilier et posa une main sur l'épaule d'Atlantide.

"Elephantine ! Egypte te cherche partout depuis une heure ! Elle veut un spectacle de danse mais il manque une lyre chez les musiciens ! Va chercher ton instrument et rejoints-les à gauche du trône ! Tout de suite !
- Bien, bien. J'arrive."
murmura de bonne grâce Atlantide en se levant. Macédoine l'imita, l'air mécontent de l'irruption d'Assouan.

"Mes excuses, seigneur, j’espérais vous tenir compagnie, mais le devoir m'appelle." fit-elle légèrement en esquissant une révérence.

"Venez voir le spectacle et l'écouter jouer, elle joue admirablement bien." suggéra Assouan pour s'excuser tandis que, sur un dernier sourire à l'attention de l'enfant, Atlantide s'éloignait rapidement.

Un instant plus tard, Atlantide, lyre à la main, prenait place parmi le parterre de musiciens. Souriante et gracieuse mais en réalité le coeur gonflé d'insatisfaction de devoir être sans cesse aux ordres des uns et des autres, elle accorda sèchement son instrument et égrena les notes du prélude de son dernier morceau, une ode à Séléné, décidément sa déesse favorite. D'une maitrise artistique supérieure à celle des autres musiciens, elle jouait en harmonie avec eux avec le minimum d'effort, ce qui lui permettait de penser à autre chose et de chercher du regard, parmi la foule de spectateurs, le petit garçon. Malheureusement, n'étant là que pour accompagner les danseurs, les musiciens étaient mal placés et l'île ne put s'assurer de la présence de l'enfant, ce qui la frustra un peu plus.

Coincée avec les autres joueurs, Atlantide ne put se libérer avant le petit jour, pour apprendre que Corinthe et les siens étaient repartis depuis longtemps. Elle évoqua à quelques reprises le garçon fluet qui l'accompagnait puis, reprise par la vie étourdissante que menait Egypte, l'oublia tout à fait.




Dernière édition par Atlantide le Lun 11 Juin - 17:00, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: La Terre comme un manège...   Dim 10 Juin - 13:06

Les jours puis les semaines puis les mois avaient passé depuis la visite de l'Empire Hittite, qu'Atlantide n'avait finalement même pas aperçu ce jour-là, les fêtes, les cérémonies, les célébrations, les spectacles, les concerts, les festins se suivaient et ne se ressemblaient pas mais Atlantide se sentait de plus en plus piégée par une vie monotone et routinière. Complètement étourdie par la vie que lui faisait Egypte, elle peinait de plus en plus à s'intéresser à ce qui passait hors du palais et se sentait en permanence dans un état second.

"Nous avons des visiteurs d'importance, aujourd'hui ! lui cria Memphis comme elle descendait au jardin.
- Comme les trois quarts de l'année, tu veux dire ? claironna Atlantide en retour d'un ton moqueur.
- Non, non, cette fois-ci c'est sérieux." s'expliqua la ville en se penchant au balcon où elle se tenait. "Si Egypte ne le charme pas, il pourrait y avoir la guerre.
- La guerre ?"


Abasourdie, Atlantide regarda autour d'elle, le jardin raffiné où elle se tenait, les façades des bâtiments peintes et sculptées, les animaux exotiques qui paressaient, les esclaves invisibles qui changeaient l'eau des bassins... Comment imaginer la guerre dans un cadre si féérique ?

"Va au jardin des dattes, si tu ne me crois pas, ils sont tous là-bas à lui faire la danse du ventre.
- Mais à faire la danse du ventre à qui ?"


Trop tard, Memphis avait déjà filé dans le labyrinthe du palais. Perplexe, Atlantide attendit un instant que son ami réapparaisse puis, comme il n'en faisait rien, elle cueillit une tige de papyrus dont elle agaça un chat sacré tout en réfléchissant. La précarité de son mode de vie lui sauta soudainement au visage et elle décida d'aller jeter un oeil à ce qui se passait au jardin des dattes. Tout en murmurant des mots flatteurs au chat, elle se pencha pour le prendre dans ses bras.

"Ô puissant félin, incarnation de Bastet sur Terre, et si nous allions voir qui menace vos saintes gamelles et vos divins paniers ?"

Imperturbable, l'animal se mit à ronronner tandis que l'île enfouissait son visage dans sa fourrure tiède pour s'empécher d'éclater de rire.

Arrivée aux abords du jardin des dattes pourtant, elle reprit sans peine son sérieux et tendit l'oreille. Si aucun bruit de voix ne troublait l'atmosphère, à sa grande surprise, des accords de lyre lui parvenaient distinctement. Perplexe, elle regarda le chat qui lui rendit son regard.

"Allons bon, se sont-ils mis en tête de charmer l'envahisseur en lui jouant de la musique ? Se prennent-ils pour Orphée ?"

La jeune femme ressentit un certain pincement au coeur. Elle se considérait, à raison, comme la meilleure joueuse de lyre de la maison d'Egypte et l'idée que personne ne se soit donné la peine de venir lui demander, à elle, de jouer pour leur hôte, la vexait. D'autant que les accords qui lui parvenaient étaient plutôt bon, pour ce qu'elle pouvait en juger.

"J'avais un ou une rivale et je n'étais même pas au courant ? Qu'en dis-tu, ô mon chat ?"

Le félin lui sauta des bras et fit un pas en direction de la musique puis se retourna, cligna des yeux à deux ou trois reprises et enfin disparut dans un massif de laurier rose. Prenant son comportement comme une invitation à s'approcher, Atlantide parvint à la lisière du coeur du jardin des dattes. Un angle du chemin lui cachait encore le ou la musicienne et ses spectateurs mais elle était assez près pour reconnaître l'air joué. Son morceau préféré. Son ode à Séléné.

Furieuse, Atlantide surgit en bordure de la clairière.

Une dizaine de personnes, certaines de la maison d'Egypte et d'autres étrangères, se trouvaient autour du musicien fautif qui, à la grande surprise d'Atlantide, lui était parfaitement inconnu. Ancienne Egypte était assise non loin de lui et l'écoutait avec une grande attention.

Sale inculte de barbare étranger, pilleur, voleur, irrespectueux des arts, saboteur, Vandale, copieur, maudit sois-tu par les Muses ! commença à fulminer intérieurement Atlantide. Sa colère était d'autant alimentée par son impuissance qu'elle savait quelles conséquences désastreuses aurait un esclandre de sa part. Force était donc pour elle de ne rien dire pendant que ce individu s'appropriait son oeuvre.

Péquenaud, pedzouille, peigne-cul continua à l'insulter mentalement l'île, navrée de voir le public apprécier sa musique sans la reconnaître.

Je l'ai jouée des centaines de fois devant les même personnes et aucune n'aurait l’honnêteté de dire que c'est moi qui l'ait écrite ! Memphis avait bien raison de dire qu'ils lui font 'la danse du ventre' ! Quelle mentalité d'esclave !

La furie d'Atlantide devait se ressentir d'une façon ou d'une autre car le musicien leva vers elle ses yeux couleur de vieil or. A sa vue, son visage s'éclaira légèrement et il se redressa, sans la quitter du regard.

"Macédoine..." murmura Atlantide, décontenancée.

Certaine qu'il l'avait reconnue, elle le salua d'un léger hochement de tête pour lui indiquer qu'elle en avait fait de même. Aussitôt le musicien enchaîna avec facilité sur un autre air et Atlantide, malgré elle, reconnut qu'il jouait plutôt bien. Très bien même. Aussi bien qu'elle peut-être. Avec dépit, elle regarda ses doigts qui glissaient avec aisance le long des cordes. C'était injuste ! Ce n'était encore qu'un enfant peu de temps auparavant, comment avait-il pu progresser aussi vite ?

Désappointée, Atlantide le détailla. Ses cheveux châtain lui arrivaient désormais aux épaules mais les boucles n'étaient plus que de simples ondulations. En revanche leurs reflets cuivrés s'étaient accentués et sa mèche couleur de miel était toujours légèrement plus longue que le reste de sa chevelure. Devenu presque aussi bronzé que Carthage, il devait maintenant dépasser Atlantide d'une bonne tête et ses poignets étaient deux fois épais comme les siens. Elle qui l'avait connu petit et fluet... Il portait toujours des manchettes de cuir mais sa tunique était maintenant richement brodée, preuve de sa nouvelle puissance. Quand à ses yeux, ils avaient le même éclat doré que dans ses souvenirs.

Atlantide s'aperçut soudain que, durant tout le temps où elle l'avait observé sans grande discrétion, Macédoine ne l'avait pas quittée du regard. Elle soutint son regard et releva légèrement la tête par fierté. Le jeune homme retint un sourire et changea à nouveau l'air qu'il était en train de jouer sans que son auditoire ne remarque la transition.

Par pur défi, Atlantide soutint son regard mais elle sentit bientôt une rougeur irrésistible lui monter aux joues. L'air qu'il jouait dorénavant était bien bien plus rapide et rythmé que ce qu'il avait joué jusqu'à présent. Les phrases musicales se développaient de façon de plus en plus intense, hypnotisantes, et le musicien eut bientôt en main l'attention de chacun. Atlantide, mortifiée, sentit le poids du regard des autres personnes, comme elles se rendaient compte que Macédoine et elle ne se quittaient pas du regard, et que son regard à lui se faisait de plus en plus chaud.

C'était la première fois qu'un homme exprimait si directement et si publiquement son intérêt à Atlantide et, vu son regard affamé, il n'aurait pas été plus explicite s'il lui avait proposé de le rejoindre dans ses appartements la nuit suivante.

Egypte les regardait alternativement, réfléchissant.

Humiliée au dernier degré, Atlantide poussa mentalement un cri de soulagement lorsque le petit Karnak chancela jusqu'à elle et s'agrippa à ses jupes, lui permettant de détourner dignement le regard. Les joues en feu, elle se baissa pour prendre l'enfant dans ses bras et fit mine de se désintéresser de Macédoine en se tournant vers Egypte, qu'elle implora du regard.

"Ramène Karnak à sa nourrice, Elephantine." lui ordonna son amie, compatissante, pour lui donner un prétexte pour s'éloigner.

L'île ne se le fit pas dire deux fois et se sauva aussi rapidement que le lui permettait la bienséance.

Une fois le royal bambin confié à sa gouvernante, Atlantide s'attarda un peu. Une partie d'elle-même, encore sous le coup de l'humiliation, lui soufflait d'aller se réfugier dans la solitude de sa chambre tandis qu'une autre lui conseillait, maintenant que Macédoine lui avait manifesté son intérêt au vu et au su de tous, de ne plus rester seule, jamais. Juste au cas où...

L'île eut un spasme qui la plia en deux et porta une main à sa bouche. L'épisode d'Ath... L'autre épisode ne devait pas recommencer. A aucun prix. Dut-elle se cloîtrer dans sa chambre et n'en jamais sortir.

"Tout va bien, Elephantine ?
s'enquit la nourrice d'un ton inquiet.
- Oui, ne t'en fais pas... Un... Un mauvais souvenir, c'est tout..."

Dubitative, la domestique lui montra la porte.

"Je suis désolée mais si tu te sens mal, tu ne peux pas rester ici, la santé des petits passe avant tout."

Atlantide s'abstint de protester et passa prudemment la porte, après avoir vérifié que la voie était libre.

Une fois dans sa chambre, elle vérifia à plusieurs reprises que les différentes portes en étaient bien fermées puis se débarrassa de la perruque d'un noir de jais qu'elle portait habituellement en la lançant sur un banc de bois sculpté. Elle s'approcha ensuite d'un bassin de pierre placé dans un angle, vérifia que l'eau avait été changée puis s'en aspergea copieusement le visage et le cou pour reprendre ses esprits. L'eau glaciale lui fit l'effet d'une gifle et elle se sentit les idées claires comme cela ne lui était pas arrivé depuis longtemps. Un cri d'étonnement derrière elle lui fit écarquiller les yeux d'horreur et elle se retourna brusquement. Macédoine se tenait à l'autre bout de la pièce, sidéré.

"Tu es blonde !
- Vous vous êtes caché dans ma chambre !"


Avec un cri de colère, outrée, elle lui montra la porte.

"Quelle audace ! Sortez tout de suite d'ici ou j'appelle !"

Macédoine eut un sourire désarmant, qui rassura un peu la jeune femme.

"Je ne demande qu'à t'obéir mais tu as vérifié trois fois si la porte était bien verrouillée...
- Oh..."


Se sentant un peu bête, l'île regarda les clefs qu'effectivement elle tenait toujours dans sa main.

"C'est vrai... Excusez-moi, je vous ouvre de suite."

Complètement prise au dépourvu, elle lui tourna franchement le dos et se dirigea vers la porte, lui donnant ainsi l'opportunité de s'approcher d'elle sans qu'elle le remarquât. Macédoine se contenta alors de lui prendre le trousseau de clefs des mains pour l’empêcher d'ouvrir puis de s'éloigner, sans deviner quelle peur atroce étreignait le cœur d'Atlantide.

"Vous aviez dit que vous ne demandiez qu'à m'obéir." protesta-t-elle d'une voix éteinte.

Macédoine la regarda avec une curiosité non feinte. Le comportement de la jeune femme était à des années lumières de ce qu'il avait prévu et sa peur était sans commune mesure avec le fait d'être simplement coincée dans la même pièce que lui.

"Je ne demande surtout qu'à te parler et j'ai comme l'impression que tu refuseras, si je ne t'y force pas un peu... Je reprends : donc ta véritable couleur de cheveux, c'est blond ?" enchaîna-t-il en s'appuyant contre le bord d'une table.

Atlantide lui lança un regard peu aimable puis se dirigea vers la terrasse où il la suivit à distance respectueuse.

"Elephantine, je sais que je n'aurais pas dû mais... ça fait des années qu'on ne s'est pas vus, tu ne pourrais pas me pardonner et me dire directement que tu es heureuse de me revoir et que j'ai bien grandi ?"

Sur un dernier regard mécontent, Atlantide lui tourna le dos et enjamba la balustrade d'où elle se laissa tomber. Avec un cri de surprise, Macédoine se pencha. La terrasse ne culminait qu'à trois ou quatre mètres du sol, pas de quoi se faire mal, mais le fait qu'elle ait préféré en passer par là plutôt que de rester avec lui en disait assez long...

Comme elle se relevait et époussetait ses vêtements pour s'éloigner, elle l'entendit murmurer dans sa direction et se figea avant de se retourner avec un regard incertain.

"Pardon ?
- Le selenicereus est ma fleur préférée."
répéta-t-il avec un demi-sourire, sentant que la partie était gagnée.

Elle l'observa un instant sans mot dire, semblant peser le pour et le contre.

"Descendez me rejoindre, je suis..."

Elle regarda autour d'elle avec un soupir résigné.

"... dans le jardin des ibis. Je vous attends."

Atlantide mit à profit les quelques minutes qu'il mit pour la rejoindre pour essayer de changer d'état d'esprit. Après tout, c'était un gentil petit garçon, un peu renfermé et trop sérieux, avec qui elle avait eu un bon premier contact, à l'époque. Et Egypte lui ferait certainement les gros yeux si elle se montrait impolie avec son invité. Et il s'était souvenu du selenicereus.

Lui-même semblait d'une humeur charmante et très amusé lorsqu'il rejoignit Atlantide.

"Bon, tu ne vas pas t'enfuir cette fois-ci ? Pas de bébé-alibi, pas de saut du haut de la rambarde ?
- Non... Tant que vous ne me tendrez pas une nouvelle embuscade."
répondit Atlantide en souriant malgré elle.

"Désolé d'avoir essayé de forcer les choses... même si on dirait que ça a fini par payer. J'étais déjà tellement déçu que tu ne fasses pas partie des suivants d'Egypte, quand elle est venue à ma rencontre. Et que tu t'enfuies presque en courant après être venue m'écouter.
- Après être venue vous écouter jouer ma musique.
releva perfidement la jeune femme avec un brin de rancune.
- C'était volontaire, je me souvenais vaguement de ce morceau et j'espérais faire parler de toi mais ça n'a pas eu l'effet escompté... Bon, pour la troisième fois, tu es blonde ?"

La jeune femme sourit franchement et s'assit sur un banc de cèdre en forme de lion où Macédoine s'autorisa à prendre place à ses côtés.

"Oui, c'est ma vraie couleur de cheveux.
- Et tu es vraiment égyptienne ? Parce qu'entre tes cheveux blonds, tes yeux bleus et ta peau pâle..."


Atlantide se crispa imperceptiblement. Naturellement, il fallait que ce soit quelqu'un qu'elle avait vu deux fois dans sa vie qui la voie sans perruque et qui la démasque...

"Mon père venait du Nord... paraît-il."

Macédoine la regarda avec un léger sourire et tendit une main vers ses cheveux.

"Ca ne me dérange pas, ça te va même mieux que les chev..."

Il s'interrompit, un sourcil levé, comme Atlantide avait eu un brusque mouvement de recul pour échapper à son contact.

"Elephantine ?
- Elephantine a été agressée lorsqu'elle était encore jeune, je vous avais recommandé de ne pas l'approcher seul à seule."


Macédoine se leva et se tourna vers la nouvelle venue, Egypte.

"Certes, mais vous ne m'aviez pas expliqué pourquoi." rétorqua-t-il sèchement, le regard refroidi. "Agressée ? Par qui ?
- Cela ne vous concerne pas."


Egypte s'approcha d'Atlantide et posa une main sur son épaule.

"Tout va bien, Phantine ?"

Atlantide approuva de la tête puis garda les yeux baissés. Ce n'était pas à elle de se mettre entre deux nations si puissantes.

"Donc, c'est pour aller rejoindre ma protégée en dépit de mes conseils que vous étiez si pressé d'interrompre nos négociations ?
- Elles reprennent ce soir, comme vous le savez."


Le ton des deux royaumes devenait de plus en plus sec et leur attitude de plus en plus froide.

"Je rajoute deux prétentions à ce dont nous avons déjà parlé." reprit Macédoine après un instant de silence.

"Oui ?
- Je demande le droit de courtiser Elephantine et de savoir qui lui fait peur au point qu'elle ne supporte même pas d'être dans une pièce seule avec quelqu'un.
- Non !"


Egypte réfléchit un instant, regarda son amie, le ciel, Macédoine, le sol puis hocha la tête.

"Ca va vous coûter cher. Très cher.
- Et ?
- Et le fait de séduire ma Phantine étant désormais un enjeu de la négociation, vous ne pouvez pas exercer ce droit tant que nous ne serons pas parvenus à un accord vous l'octroyant.
- Et ?
- Et vous restez conscient que je ne vous garantis en rien le succès de votre démarche."


Macédoine regarda le sol, Atlantide, le ciel, Egypte puis approuva.

"Si je peux exercer ce droit dès maintenant, je vous accorde votre quota de blé.
- Egypte !
- Marché conclu. Phantine, va dans tes appartements."


Atlantide, stupéfaite, regarda l'un et l'autre.

"Tu m'as vendue ? Vous m'avez achetée ?"

Atlantide se leva avec un geste d'énervement, les toisa du regard puis s'éloigna d'un pas vif.




Dernière édition par Atlantide le Lun 11 Juin - 17:05, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: La Terre comme un manège...   Dim 10 Juin - 19:43

Le jour même, assez tard dans la nuit, Egypte se faufila dans la chambre d'Atlantide en se frottant les mains. Comme l'île ne dormait pas, elle put partager sa satisfaction sans attendre.

"Hé bien, ma Phantine, je ne sais pas ce que tu lui as fait ou ce qu'il te trouve, mais grâce à toi il est sans défense pour négocier. Pour l'instant il m'a accordé tout ce que je lui ai demandé, et n'a presque rien exigé en retour ! Dire qu'on craignait la guerre !"

Atlantide sourit à la satisfaction de son amie tout en se sentant un peu gênée. Egypte abusait sans vergogne de l'intérêt que lui manifestait Macédoine et celui-ci se pliait à ses prétentions sans rechigner tout en ayant la décence de ne pas harceler Atlantide. Cette dernière en venait à se demander lequel des deux avait le plus ses intérêts à coeur : son amie de toujours qui se servait d'elle comme d'un joli appât ou le presque inconnu prêt à dépenser une fortune pour avoir peut-être, hypothétiquement, le droit d'essayer de la séduire.

"Son roi, ce Philippe, va avoir une drôle de surprise à son retour. Je vas le tondre ! Tu aurais vu la tête de ses conseillers !"

Comme Atlantide, de moins en moins à l'aise, manifestait son intention d'aller se coucher, son amie s'éclipsa avec un large sourire.

Restée seule, Atlantide sentit sa conscience la tourmenter. Macédoine avait accepté le quota de blé et tout ce que lui avait demandé Egypte aujourd'hui ? A cause d'elle ? Combien est-ce que cela représentait ? Est-ce qu'il n'était pas de son devoir de le prévenir que peu importait les sommes dépensées ou non ? Egypte avait beau être son amie, elle manquait trop de retenue. Il ne fallait pas qu'elle le ruine.

Alors qu'elle sortait de sa chambre, une pensée soudaine l’arrêta. Est-ce qu'une visite nocturne ne risquait pas d'être mal interprétée ? Est-ce qu'elle ne prenait pas... un certain risque ? La jeune femme pesa le pour, le contre, hésita puis décida qu'elle pouvait largement attendre le matin suivant et qu'il n'y avait aucune urgence.

C'est pourquoi elle se retrouva une demie heure plus tard à la porte des appartements du palais dévolus à Macédoine, l'insomnie la rendant incapable de réfléchir posément.

Deux domestiques qui gardaient la porte échangèrent un regard entendu avant de lui ouvrir avec un petit sourire. Visiblement, l'histoire du regard et de l'air de musique passionné avaient fait le tour du palais.

Non, je ne suis pas l'indemnité ni la compensation pensa rageusement Atlantide. Je ne me suis pas vendue ni fait vendre non plus. J'aurais pu penser au qu'en dira-t-on... si je m'en étais souciée.

La jeune femme pensa s'étrangler de rage en constatant que Macédoine dormait à poings fermés. Comment pouvait-on dormir de si bon coeur en s'étant fait arnaquer toute la journée ? Elle s'accroupit à la tête du lit et chuchota son prénom jusqu'à ce qu'il ouvre les yeux.

"Elephantine ? Qu'est-ce que... ?
- Vous surévaluez complètement ma valeur et Egypte est en train de vous arnaquer ! Ôtez-moi de vos accords commerciaux, je n'ai rien à y faire et mon coeur et mon... mon corps non plus. S'il y a une façon de les obtenir, ce n'est vraiment pas celle-là !"


Macédoine, à moitié endormi, eut un mince sourire.

"Ca valait le coup si pour ça tu as pris la peine de venir me prévenir, alors que tu ne supportais pas d'être enfermée avec moi hier après-midi.
- Je peux savoir ce que vous me voulez à la fin ?"
fit-elle d'un ton sec.

Il se redressa sur un coude, un peu mieux réveillé, souriant.

"Je ne sais pas. Je me souvenais de cette fille toute souriante et très gentille, aux cheveux si noirs, aux yeux si bleus et à la peau si pâle, qui était venue me tenir compagnie derrière ce pilier, alors que j'étais complètement renfermé sur moi-même. Et alors qu'elle venait de me faire sourire en me parlant de fleurs, on vient la chercher et on me la prend... Je voulais te revoir. Et quand je te retrouve enfin... C'est pour te voir me regarder avec rage et fureur, moi qui suis venu le sourire aux lèvres."

Atlantide se sentit un peu bête pour la seconde fois.

"Désolée..." marmonna-t-elle.

Macédoine retint un sourire et ferma à moitié les yeux.

"Je n'y croyais pas et pourtant, tu es aussi belle que dans mes souvenirs..."

La jeune femme garda le silence un instant, plongée dans ses prunelles couleur d'or. C'était le moment idéal pour... quelque chose, qu'elle ne définissait pas précisément. La sentant momentanément sans défenses, Macédoine décida de pousser un peu son avantage.

"Enfin, ce qui est fait est fait et les accords passés aujourd'hui sont bel et bien passés. Tant pis.
soupira-t-il.
- Si je peux faire quoi que ce soit... murmura-t-elle en réponse, navrée.
- Ca va, ce n'est pas si grave, ça arrive à tout le monde... Le plus frustrant, c'est d'avoir fait tout ça pour rien."

Atlantide réfléchit un instant, combattue par sa conscience et sa méfiance.

"Si je peux faire quoi que ce soit... je le ferais." reprit-elle d'un ton plus décidé.

Macédoine sourit intérieurement. C'était presque trop facile. Restait maintenant à savoir où se trouvait le curseur entre ce qu'elle accepterait, comme passer une journée avec lui, et ce qu'elle refuserait, comme... bon vous voyez à quoi je pense, hein ? Il fit mine d'hésiter et la regarder, incertain.

"Est-ce que je peux... te prendre dans mes bras ?"


Atlantide le regarda, lui qui était allongé, regarda son lit défait, sa chambre plongée dans l'obscurité et flaira un piège qui lui fit amorcer un mouvement de recul. Amusé, le royaume se redressa et se retrouva assis au bord du lit.

"Je ne suis pas assez naïf pour te demander de t'allonger à côté de moi." lui dit-il en souriant. "Relève-toi."

La jeune femme obéit en s'appuyant sur la main qu'il lui tendait et se leva en même temps que lui. Il la dominait d'une large tête et était facilement une fois et demie plus large qu'elle. Difficile dans ces conditions de ne pas se sentir un peu... oppressée.

"Je veux juste te prendre dans mes bras, rien de plus, rien de moins."
tenta-t-il de la rassurer. "Regarde-moi."

Comme elle relevait docilement la tête pour le regarder, il posa ses mains sur ses épaules sans qu'elle esquisse de mouvement de recul. C'était déjà un début. Aussi grande était la tentation de faire glisser accidentellement les bretelles de sa robe, il y résista. Pas question de l'effaroucher. Il fit glisser ses mains dans son dos pour l'enlacer et l'attirer contre lui, toujours sans rencontrer de résistance notable. Il ferma les yeux et attendit un instant que les battements du coeur de la jeune femme s'apaisent un peu.

"Toujours vivante ?"


Un simple mouvement de la tête qui lui frôlait le menton lui répondit. Il ouvrit les yeux et pencha un peu la tête, pour voir son visage. A son tour, elle avait fermé les yeux et semblait à peu près sereine. Un mouvement qu'il fit pour la serrer plus étroitement contre lui lui fit instinctivement appuyer ses mains contre son torse.

Y aller pas à pas valait le coup, décida Macédoine.

De son côté, Atlantide n'en revenait pas de se sentir aussi bien aussi près de quelqu'un. Sa force avait beau dépasser largement la sienne, cela ne l'effrayait plus, sachant qu'elle ne lui servait ni à la broyer ni à la maintenir mais à la protéger. Depuis combien de temps ne s'était-elle pas sentie aussi en sécurité ? En tous cas, pas depuis...


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MessageSujet: Re: La Terre comme un manège...   Lun 11 Juin - 19:52

"Athènes.
- Dis-moi qui t'a..."


Ils avaient parlé simultanément après un instant de silence et le mouvement que fit l'un pour baisser la tête et l'autre pour la lever rapprocha dangereusement leurs bouches. Si proches étaient-elles qu'Atlantide sentit lorsque Macédoine, aux aguets, sourit de sentir que le coeur de la jeune femme avait manqué un battement.

"Un partout, balle au centre." fit-il d'un ton qui trahissait son sourire. "Merci de ta confiance."

Athènes ? Ce pitre n'était plus aussi dangereux qu'il l'avait été et Macédoine était certain de n'en faire qu'une bouchée. Si sa tête pouvait faire pencher la balance de son côté...

"Tu es tellement étrange, Elephantine..." reprit-il. "Egyptienne mais blonde aux yeux bleus, tu habites au sein d'un palais surpeuplé mais tu fuies la compagnie, tu n'as pas changé d'un seul trait alors que j'en ai vu grandir, grossir, se ratatiner, imploser, naître et mourir des centaines depuis que je te connais, tu apparais puis tu disparais dans le même mouvement. Je ne te comprends absolument pas et je crois que c'est ça, qui me plaît chez toi. Tu ne joues pas au même jeu que les autres et je n'arrive pas à en comprendre les règles..."

Atlantide regimba brusquement et se détacha imperceptiblement de lui, le foudroyant du regard malgré l'obscurité.

"Parce que ce n'est pas un jeu !"

Le sourire de Macédoine s'accentua.

"Si, c'est un jeu... mon jeu préféré."

Une protestation indignée lui parvint alors qu'il reprenait son murmure.

"Tu ne veux pas... essayer ? Tu connais mon jeu, je t'ai montré mes cartes, c'est à ton tour de jouer. Lance les dés, avance un pion, pioche une carte ou change la mise et la donne, comme tu veux ! Je suivrais tes règles, je te le promets, et je ne tricherais pas. Et je gagnerais.
- Et vous... Et quoi ?
- Et ce ne sera plus 'vous' mais 'toi'... Et après le cœur à cœur..."


Bercée par sa voix, Atlantide ferma un instant les yeux.

Lorsqu'elle les rouvrit, allongée dans son lit inondé de lumière, sa première pensée fut que, décidément, elle faisait des rêves de plus en plus étranges. Je suis curieuse de savoir comment Delphes l'interprètera, celui-là, se dit-elle en passant une main sur son front pour repousser ses mèches de cheveux. Il lui parlait d'amour comme il aurait parlé d'une partie de senet ou de chien et chacal... Quel pays effronté !

Des accords de lyre la tirèrent ses réflexions ensommeillées, joués d'une façon qui lui fit aussitôt identifier le musicien. Décidément, elle allait bientôt détester cet instrument, si Macédoine persistait à la harceler avec !

La jeune femme sortit de son lit à regret et enfila hâtivement une tunique de lin rouge pour sortir sur sa terrasse. Comme prévu, Macédoine se trouvait en contre-bas, assis au pied de la tonnelle couverte de plumes d'ibis qui avait donné son nom au jardin. Elle s'autorisa cependant à écouter un instant l'air qu'il jouait. C'était... plutôt pas mal. Un peu exotique, sans doute une mélodie de son pays. Puis, elle inspira profondément et, d'une voix sèche :

"Vous ne pourriez pas attendre que je sois réveillée pour venir me jouer la sérénade ?"

A son grand étonnement, une exclamation de surprise, d'intonation strictement féminine, surgit de sous la tonnelle. Jusque-là cachée aux yeux d'Atlantide, Gezira, une autre île, se tourna vers elle. Visiblement, c'était à son attention que jouait Macédoine et celle-ci ne se géna pas pour confirmer.

"Mes excuses, Elephantine ! Tu dormais encore ? Il joue si bien que je n'ai pas pu m’empêcher de lui demander une autre démonstration de son talent !"

Une autre démonstration de... quoi ? Offusquée, Atlantide fit un pas en retrait. Il était de notoriété publique que Gézira avait un faible tout particulier pour les artistes et tout spécialement pour les musiciens. Elle n'avait pas abordé Macédoine par hasard, c'était certain. Et à voir le sourire un peu moqueur, un peu triomphant dont celui-ci gratifia l'ex île grecque, il n'avait aucune illusion sur les intentions finales de son admiratrice... et n'y voyait même aucun inconvénient.

Espèce... de sale... noria ! gronda-t-elle intérieurement.


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La Terre comme un manège...

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