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 Au temps où tu souriais innocemment [Rus' de Kiev en ses débuts - Russie]

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MessageSujet: Au temps où tu souriais innocemment [Rus' de Kiev en ses débuts - Russie]   Mer 26 Jan - 20:41

Tout semblait comme un rêve. Ils étaient tous là, au même endroit, et régnaient d'une certaine manière sans dominer pour autant. Ils étaient 'forts', il étaient 'unis', mais ils n'étaient pas 'conquérants'. Et c'était pour Yekaterina tout ce qu'il y avait de plus important.

Elle se hâtait à ce moment-là, de terminer le diner. La petite russe blanche était sortie dehors, profitant du printemps pour quelques balades certainement. Quant à l'unique garçon, il revenait de loin. Pour sa première journée en présence de ses deux sœurs, l'ainée avait décidé de préparer un festin. Il devait se régaler ! Elle s'était tant inquiétée, et aujourd'hui, elle retenait avec peine ses larmes, tant la joie fut intense. Le retour de sa petite tête blonde auprès d'elle !
Oh, elle s'en voulait tellement de pas avoir pu faire mieux ! En tant que grande sœur, elle aurait dû remuer terre et mer pour le retrouver, et ce plus tôt ! Elle savait que se lamenter sur des actions passées – ou en l'occurrence, un manque d'action – ne servait à rien, on ne peut changer ce qui est déjà arrivé. Et puis, l'important est qu'ils soient tous là maintenant, non ?
Non ?

Elle détacha ses cheveux, qu'elle peigna avec soin afin d'être des plus présentables quand son frère se réveillera. Ils étaient aussi propres et blonds que l'époque le permettait. Soignés, sans aucun doute. Elle les accrochait sans cesse en tresse serrée, ce qui garantissait un certain ordre gardé tout au long de la journée. Ils étaient la grâce, ils étaient la beauté. Et dans un sens, l'une des choses qui la rapprochait le plus des hommes qui la font, par leur cœur, vivre. Elle répondait aux codes qu'ils dictaient quand elle leur apportait un nom – à moins que ce ne fut le contraire -.
Quand elle eut terminé ce léger ajustement, quand elle eut replacé sa longue frange derrière son oreille pour ne pas se gêner les yeux, quand elle eut épousseté sa tenue pour faire tomber les cheveux morts … Après tout cela, elle se décida à laisser de côté la nourriture et d'aller voir comment son frère dormait. Elle traversa les lieux avec une lenteur expliquée : elle se retenait de courir. Ses mains en tremblaient presque, tandis qu'un sourire bourré de tic se dessinait sur son visage. On aurait un monstre tant ses lèvres s'étiraient et ses yeux se plissaient sous l'effet.
Les longs couloirs lui paraissaient sans fin. L'envie de le voir la poussait à marcher de plus en plus vite malgré sa retenue. Elle s'arrêta devant la lourde porte, hésitante finalement. Allait-elle le gêner ? Peut-être ne dormait-il pas et faisait sa toilette … Elle se colla contre le bois, mais n'entendant rien – rien de vraiment étonnant finalement – abandonna. Elle semblait l'espionner ainsi ! Rougissant, elle poussa la porte d'un coup d'épaule. Il n'y avait pas lumière dans la pièce dépourvue de fenêtre. On y laissait les pots et autres, et d'ordinaire, on n'y dormait pas. Mais pas défaut, on y avait installé le jeune garçon.

Il était en boule, enveloppé dans de lourdes couvertures épaisses, dont s'échappait un pied et une tête. Yekaterina s'approcha un peu plus de lui, avec ce sourire maternel qui illuminait son visage de jeune fille. Elle ramena la couette par-dessus le peton de l'enfant. Il ne faisait pas si froid qu'on aurait pu le croire, mais elle craignait tout de même qu'il n'attrape une mauvaise maladie pour avoir laisser son pied gauche à l'air libre. Elle blêmissait à l'idée même de le voir rouge et tremblotant, sa faucille maladroitement tenu entre ses faibles mains ! Il pourrait se blesser ! Pour peu que cela ne soit lourd, il pourrait dire adieu à ses orteils … !

Elle frémit et secoua doucement la tête pour éloigner de telles pensées. Non, son Vanya dormait paisiblement et sans soucis, en bonne santé, et certainement heureux d'être ici, à se réveiller parmi ses sœurs, quand la veille, il fut si loin.

Elle frétillait à l'idée de lui annoncer qu'il vivait désormais à Kiev ! Oh, il sera sûrement heureux, Kiev au printemps, sa nouvelle sœur, de retour ici, et elle … ! L'aimait-il ? Elle fixa Vanya, songeuse, la main sur ses lèvres pour ne pas poser la question à haute voix. L'aimait-il ?

N'osant se poser davantage de question, elle se décida à sortir avant de le réveiller. Encore pour cela, aurait-il fallu vérifier où irait se coincer ses vêtements... Pas une seconde plus tard, le tissu se retrouva tendu, une autre plus tard, et elle glissait lamentablement sur le sol, entrainant dans sa chute maints pots et armes qui se retrouvaient stockés là …

Tout ça, dans un bruit magnifique à en réveiller les morts.


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MessageSujet: Re: Au temps où tu souriais innocemment [Rus' de Kiev en ses débuts - Russie]   Dim 30 Jan - 9:37

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    Il y avait des tournesols, partout, partout ; des champs et des champs de tournesols s’étendaient à perte de vue. Il y avait des papillons, des oiseaux, des chiens qui couraient joyeusement et qui venaient jouer avec le Russe en jappant pour qu’il vienne les rejoindre. Katya était présente aussi, ainsi que sa toute jeune sœur Natasha. Mongolie était aussi présent mais les tournesols le pourchassaient en lui hurlant qu’il n’était pas le bienvenue, et les espadons qui avaient des pieds aussi. La petite main qui reposait paisiblement sur le matelas s'agita soudainement, comme prise d'un soubresaut, comme chaque parcelle du corps du petit Vanya. Endormi la veille au soir, bercé par les pas feutrés de Katya au travers de la porte, il était à présent contraint d'ouvrir les yeux. Doux rêve si brillamment interrompu.

    Bien heureusement, Ivan n'était pas mort, mais cela ne l'empêcha pas d'entendre le vacarme tonitruant émis par la rencontre entre sa grande sœur et les différents ustensiles qui lui avaient tenu compagnie pendant cette nuit. Réveil ? Oui. En sursaut ? Aussi. Surtout, en réalité. A terre, la douce couverture si gentiment replacée par son aînée quelques instants plus tôt. Au sol, le Russe ? N'allons pas jusque là. Un instant paniqué, il lui fallut un certain temps avant de se remettre de ce brusque réveil, de se rendre compte qu'il n'était pas chez Mongolie ou Scandinavie, mais chez sa grande sœur, sa très chère sœur qu'il aimait tant. Il en avait bavé, durant les siècles passés mais tout était fini à présent. Il était chez Yekaterina, da ? Alors il n'avait plus à s'inquiéter, sa grande sœur serait toujours avec lui, elle ne le laisserait plus jamais, il en était sûr.

    Remis, il se rendit finalement compte de la situation et se releva rapidement, accourant vers la pauvre jeune femme blonde tombée au sol. Du moins, accourant aussi rapidement qu'il le pouvait, c'est-à-dire en évitant de s'empêtrer dans draps et autres choses étalées sur le parterre, pouvant devenir aussi dangereuses qu'un khuushuur, cet infâme beignet de mouton, originaire de Mongolie, évidemment. Personne à part lui ne pouvait manger des choses aussi indigestes -non, à l'époque les Anglais n'avaient pas encore pris contact avec les Slaves de l'Est, hu-. S'asseyant avec bien peu d'élégance sur ses genoux pour se mettre face à sa sœur, il se baissa à ras le sol afin d'arriver à sa hauteur -oui, déjà à cette époque Ivan était prédestiné au fait qu'il serait plus grande qu'elle un jour-.

    - Katya ? Katya, tu vas bien ?

    Il connaissait l'inhabileté de sa tendre sœur, aussi présente en elle que la douceur dont elle irradiait. Il n'avait cessé d'y penser, à ses sourires, à ses caresses, tandis qu'écharpe au cou il obéissait à ses oppresseurs qui tentaient de l'embrigader. Étrangement les scènes si familière où Katya s'étalait dans la neige par faute d'inattention lui revenaient moins en tête que ses larmes de joie, ses rires rassurants et ses bras maternels. Étrangement il ne se remémorait pas vraiment ces fois où il se cognait dans les arbres parce qu'il la regardait allongée au sol à force de lui courir après.

    Il fallait néanmoins l'admettre, il connaissait aussi très bien cette facette qu'elle avait, cette maladresse qui faisait partie de chacun de ses mouvements. Le nombre de fois où il l'avait vue se brûler en préparant le bortsch était incalculable. Elle lui souriait toujours pas la suite, d'un air rassurant, après avoir essuyé ses quelques larmes, et la soupe était toujours excellente. Ah, comme il l'avait voulue auprès de lui, sa grande sœur adorée ! Comme il aurait voulu la serrer dans ses bras après avoir endossé les sermons de Mongolie ou d'un autre. Comme il aurait juste voulu la savoir à ses côtés, ça lui aurait suffit. Il n'y avait rien de plus important que la famille, et Katya était sa famille à lui. Il y avait maintenant Natasha, mais il ne la connaissait pas vraiment, ne l'ayant qu'entraperçue la veille au soir, cachée derrière les jupons de Yekaterina.

    - Tu ne t'es pas fait mal, da ?

    Comment résister à l'adorable frimousse du petit Ivan, inquiet comme pas deux pour une grande sœur bien trop maladroite ? Il ressemblait à un être croisé entre l'ourson et le cocker quand il était ainsi. Les yeux grands ouverts devant son aînée empotée, l'on aurait cru qu'il venait de voir débouler et passer sous ses yeux une troïka construite à base de sucreries de toutes sortes sans chevaux pour la tirer. La situation n'était pas exactement la même mais la figure devait l'être -oui, devait, car à vrai dire Ivan ne s'était jamais retrouvé dans cette situation-. Air déconfit et penaud il attendait la réponse de sa grande sœur qui lui avait tant manqué.

    Viens. Il l'aurait suivie jusqu'au bout du monde si elle le lui avait demandé, bravé les ours polaires, les phoques et les marmottes. Mais maintenant, il était à Kiev, avec sa sœur, et elle ne semblait pas vouloir lui faire affronter ni les imposants carnivores, ni les redoutables rongeurs. Un sourire illumina son visage tandis qu'il pensait à cela. Il était à Kiev ! Il était avec Katya ! Et rien, rien ne les sépareraient.
    Ils étaient "ensemble pour toujours".

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MessageSujet: Re: Au temps où tu souriais innocemment [Rus' de Kiev en ses débuts - Russie]   Mar 8 Fév - 15:33

Spoiler:
 

    Sur l'instant, elle crut que cela dura des heures. Plus elle s'approchait du sol, plus le nœud dans son estomac lui serrait les entrailles. Elle ramena ses bras contre son visage et le choc se fit sentir. Un coup dans ses coudes et elle grimaça. Elle ne bougea pas, attendant toujours qu'autour d'elle, les objets de la pièce s'effondrent.
    Un ou deux pots tombèrent sur son dos arrondi, elle eut la sensation d'en recevoir un sur le coin de la tête. Mais la peur était bien trop présente encore pour qu'elle ne souciât de ce genre de détail. Non pas la peur de souffrir réellement. Mais la peur de troubler le doux sommeil de son jeune frère.
    Qu'elle souffre ! Si sa famille et ses proches vont bien... C'est que tout va bien. Oui ... Tout allait bien, tout allait pour le mieux …
    Tout allait … Pour le mieux.

    Mais non. Rien n'allait pour le mieux. Elle respirait lourdement, mais tout bas, sans oser bouger. La douleur ne venait pas, le bruit, si. Des pas appuyés, précipités, étouffés par les bras dont elle entourait sa tête. Tremblante. Hésitante.
    Elle l'avait réveillé.
    Il était tout près. Il l'appelait, deux fois de son prénom. Son cœur se réchauffait et elle oublia sa chute. Puis, il lui demanda si elle allait bien. Elle redressa doucement la tête pour apercevoir la bouille blonde de son jeune frère. Ivan était adorable. Ce visage inquiet lui pétrifia le cœur, qui manqua un battement. Il s'inquiétait pour elle ! Elle ne savait comment le prendre. Culpabiliser ou se réjouir ? Elle était sincèrement heureuse qu'il puisse avoir autant d'intérêt pour elle, en vue du ton de sa voix... De ses réactions... Il était adorable. Oui. Cruellement adorable.
    Rien n'allait pour le mieux... Il était levé. Elle l'avait réveillé.

    Elle se redressa et se posa au sol, à genoux, en frottant ses joues poussiéreuses du revers des mains. Les larmes luisaient sur ses joues, quand son sourire rendait le tout pathétique. Jeune femme assise sur le sol, le visage brillant par sa tristesse et la terre sèche qui s'élève du sol.
    Yekaterina essayait de se redonner forme humaine, tachant sa manche. Mais quelle importance ? Tant qu'elle serait sale, on ne la croira pas sur son état. Elle arracha à ses cils une goutte qui naissait.

    « Ou-oui, je vais bien, Vanya, je … Je suis désolée de t'avoir réveillé... »

    Un petit rire nerveux s'échappa et elle glissa ses chevilles sous ses fesses. Le cœur battant, elle tendit les bras vers son frère, passant ses mains de chaque côté de sa tête pour la prendre doucement entre ses doigts. Tout son affection qui faisait le tour de son corps pour rejoindre son frère. Elle lui caressa doucement la joue de ses pouces, en lui souriant tendrement.

    « Tu dormais si bien... Je suis désolée. J'espère au moins que tu as fait de beaux rêves. »

    Elle continua ce manège un instant, le regardant simplement dans les yeux avec cette tendresse maternelle dont elle seule est capable. Ses doigts s'entremêlaient dans les cheveux de son cadet, tandis qu'elle s'approcha pour embrasser son front.
    Décidée enfin à le laisser, elle s'écarta et se releva. Le sol est dur et elle avait désormais mal aux chevilles. Elle se massa rapidement la nuque et entreprit de ramasser ce qui était encore utilisable dans la pièce. Lançant un sourire à son frère, elle lui dit :

    « Vanya, occupe-toi de ton 'lit', je t'en prie, pendant que je range la pièce, un peu... Après, nous irons manger, cela te va ? »

    Elle serra au creux de ses mains les restants d'un pot brisé. Il n'y avait rien à l'intérieur, fusse une chance … Elle soupira doucement, toujours avec ce sourire sur les lèvres, sourire qui restait quoi qu'il advienne, sourire qui ne la quittait pas …
    Elle ramassa les bouts et les posa dans le creux de sa robe, qu'elle tenait tirée devant elle. Les morceaux s'entassaient et quand elle eut de terminer ce court ménage, sortit de la pièce.

    « Vanya ~ Viens ~ »

    Elle s'avança dans les couloirs. Longs... Bien moins que tout à l'heure du moins. Elle n'avait plus la même impatience. Elle ne désirait, désormais, plus que le temps s'arrête. Que les minutes, les secondes... Que les grains de sables des sabliers ne coulent plus, figés. Un présent continu. Pour toujours.
    Elle riait doucement, malgré le poids des poteries brisées qui pesait dans les jupons de sa robe. Et elle entendait sa propre voix résonner... Vanya, Vanya ~ … Dépêche-toi, Vanya ~ …
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MessageSujet: Re: Au temps où tu souriais innocemment [Rus' de Kiev en ses débuts - Russie]   Lun 14 Fév - 20:52

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    Katya avait les larmes aux yeux, et elles finissaient par couler. Ce n'était pas une grande nouvelle, Katya pleurnichait souvent. En tout cas, il était vrai, Ivan préférait la voir pleurer que ne pas la voir du tout, sa grande sœur. Sa grande sœur à lui. Il peinait encore à croire que ça y était, qu'il n'était plus avec les autres énergumènes mais avec elle. Ou plutôt, avec elles. Il y avait Natasha aussi. Il ne la connaissait pas encore vraiment mais il apprendrait, oui. Il apprendrait à la connaître, sa petite sœur. Une famille, c'était tellement important. Alors en plus, c'était la sienne. Bonheur. Bonheur. Et re-bonheur. Plus besoins d'aller ramasser le crottin de cheval, c'était fini tout ça, fini ! ... ou alors ils iraient le ramasser "en famille", ouais. En famille. Une petite famille mais une famille qui serait toujours soudée, pas vrai ? Hors de question qu'il en soit autrement. Boui. Chacun avait droit à sa paix intérieure, celle d'Ivan prenait place quand il était avec Katya et c'était tout et puis voilà.

    « Ou-oui, je vais bien, Vanya, je … Je suis désolée de t'avoir réveillé... »

    Ah, mais..! Elle passait ses mains autour de sa tête et lui caressait les joues. Ca lui avait tellement manqué. Il ne répondit pas, se contentant d'afficher un petit sourire qui se voulait rassurant à Yekaterina. Ironie du sort, de penser que le cadet devait réconforter l'aînée, non ? Pas vraiment. Ce n'était effectivement pas du réconfort, plus une preuve de tendresse. "Je ne t'ai pas oubliée, grande soeur." "Je suis toujours avec toi, là, tu vois, da ?" Rien n'avait changé, non, rien. Seule la distance était venue s'installer, mais après tout, la distance, qu'était-ce ? Rien, rien, la distance n'était rien du temps que sonnait le glas des retrouvailles. Et puis si en plus ça signifiait qu'il n'aurait plus à se geler les miches dans une tente alors qu'il faisait moins 8000 dehors, ben, c'était encore mieux.

    « Tu dormais si bien... Je suis désolée. J'espère au moins que tu as fait de beaux rêves. »

    - Ah, oui, Mongolie était chassé par les tournesols et les espadons à pieds!

    Un sourire radieux illuminait son visage. C'était amusant, oui, de le voir courir pour ne pas se faire rattraper par les fleurs du soleil et les poissons trop connus du territoire russe. En plus il courait tellement mal, on aurait dit un pingouin au beau milieu d'un champ de patates, la classe et l'élégance du pingouin en moins. Katya s'approcha et l'embrassa sur le front. Rougissant légèrement, il la regarda avec de grands yeux innocents tandis qu'elle se relevait. Grande sœur était à nouveau avec lui. Grande sœur se conduisait comme une grande sœur avec lui. Grande sœur ne le menacerait pas de le faire bouillir s'il salissait ses bottes ! Ravi, il afficha un sourire plus grand encore, digne d'être un futur représentant de la future -très, future- marque Kinder ou encore Colgate. Ses joues rougies, ses dents blanches, son teint pâle et ses yeux violets, bien que parfois noyés par ces cheveux d'un blond pâle retombant sur son nez, lui donnaient l'air d'un petit va-nu-pied au grand cœur. Adorable, il pouvait l'être. En prime, à l'époque, il ne s'en servait pas comme d'un atout traumatisant. Mignon, non ?

    « Vanya, occupe-toi de ton 'lit', je t'en prie, pendant que je range la pièce, un peu... Après, nous irons manger, cela te va ? »

    Le petit acquiesça et se dirigea vers son lit de fortune, toujours souriant, s'affairant tandis que sa sœur s'occupait de ses affaires de son côté. Il fallait tirer les couvertures, correctement. Mécaniquement il appliquait au pied de la lettre ce qu'on lui avait "appris" à faire durant ses années de... servitude. Et encore, il avait de la chance, à l'époque, les costumes de Maid, ça n'existait pas. Non parce que sinon, c'était sûr que c'était pour sa pomme, au petiot. Imaginez un peu Russie en maid. Bien. Maintenant imaginez mini-Russie en maid. C'est magnifique. Et ça fait vraiment pédophile. Non mais vraiment de chez vraiment quoi.

    « Vanya ~ Viens ~ »

    Ivan sursauta. Ah, Katya était partie ! Il se précipita dehors en suivant sa sœur, laissant là son lit qui n'était pas fait dans les règles de l'art mais à la hâte. Si Mongolie avait été là, il aurait sans aucun doute hurlé sur le russe. Mais Mongolie n'était plus là. Il n'avait plus de raison d'avoir peur : Katya le protègerait, toujours, ils se protègeraient mutuellement. Lui, elle, et Natasha aussi, la petite dernière. C'était ce qu'il pensait pendant qu'il courait à sa suite dans le couloir. Elle lui semblait trop loin, toujours trop loin.

    - Katya ! Attends-moi !

    Et d'un russe étalé dans le couloir, d'un qui se relève bien vite, le pantalon poussiéreux, pour repartir à la suite de sa sœur. Glissant sa main frêle dans la sienne, sa petite main douce et froide, ses doigts qui se resserraient sur ceux de son aînée comme s'il refusait de la lâcher de toute évidence, comme s'il ne voulait plus la voir partir. Lui adressant un sourire en levant les yeux pour la regarder. Marchant avec elle, simplement, légèrement appuyé contre elle comme pour respirer son odeur, pour se rassurer : elle était bien présente, à ses côtés.
    Jusqu'au bout.

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MessageSujet: Re: Au temps où tu souriais innocemment [Rus' de Kiev en ses débuts - Russie]   Jeu 10 Mar - 15:24

    Sa voix résonnait. Elle se frappait contre les murs, rebondissait avec plus d'élan. Il lui semblait que si elle se taisait, elle pourrait entendre le petit nom de son frère, à jamais dans ses couloirs. De cette voix douce qui ne disparaitra des lieux que lorsque que les obstacles n'y seront plus. Quand les murs tomberont. Et que chaque pierre qui les constituent toucheront le sol glacé de Kiev.
    Elle lui semblait bien éloignée de l'originale. Plus soufflée, plus étrangère. Différente de ce qu'elle entendait. Elle lui était … En quelque sort, inconnue. À résonner ainsi, sa voix ne lui appartenait plus, elle était l'objet des murs de pierres. Ça la faisait rire. De penser ça. Que sa voix n'était plus la sienne, mais celle des murs. Qu'il suffisait de murmurer un mot pour que les sons nous échappent. Ça la faisait rire. Elle souriait comme une enfant, amusée par ses propres pensées, qui lui venaient sans qu'elle ne les cherche. Elle riait de ses réflexions. Elle se disait poète par moment, par plaisanterie, il n'y avait rien de sérieux dans ce qu'elle disait.
    Ca peut être intéressant … Peut-être.

    Mais laissons là toutes ces remarques de demoiselle étourdie. Elle-même n'y porte pas la moindre importance. Tout ce qui l'importait était le bout de chou qui courait dans le couloir.
    Il suivait sa voix. Crut-elle. Il y répondait en tout cas. Il lui demandait d'attendre. Mais elle ne pouvait pas. Le plat était en temps de cuisson, elle n'était pas venue pour rester bien longtemps … Elle s'en voudrait tant si elle ratait le premier repas de son frère !
    Alors, elle se contenta d'un coup d'oeil, jeté par-dessus l'épaule. Elle eut peur de faire tomber ce qu'elle tenait en équilibre dans ses jupons, il aurait été bête de devoir tout ramasser de nouveau ! Certainement aurait-elle eu l'envie de tout laisser, mais en tant que l'ainée, elle se devait être impeccable pour que son frère et sa soeur puissent prendre sur elle le meilleur exemple. Il y avait tant de barbares, tant d'hommes cruels et de femmes hystériques dans les alentours ! Si son petit Vanya et sa petite Natasha devenaient comme eux … ! Non, impossible, ils étaient bien trop jeunes, bien trop gentils. N'étaient-ils pas parfaits avec elle ? Ils le seraient avec tous !
    … Ou peut-être bien, pas avec le fou asiatique qui essaie toujours de lui piquer Vanya... De qui … Mongolie ? Oui, oui, lui, peut-être bien que non, peut-être bien qu'ils auront le droit d'être des pires avec lui …

    Elle eut un sursaut en entendant une chute, sursaut qui par chance, ne fit rien tomber. Rabattant contre elle le pli de la robe contenant les morceaux de poteries, elle se tourna vers le bout de chou au sol. Mais pour sûr, il devait être plus résistant qu'elle. À peine eut-elle le temps de voir où il se trouvait, qu'il était déjà debout à courir de nouveau. Il est jeune, se dit-elle. Il peut faire cela. Contrairement à moi …
    Elle lui sourit, bel et bien heureuse de le voir comme cela. Elle avait tant eu peur, tant ! Si vous aviez su tous les cauchemars qu'elle eut fait ! Entre les pires, de le voir revenir tout tremblant, pleurant, le corps simplement vêtu de haillons trempés dans le sang de son pauvre frère et … Au plus simplement effrayant, de le voir revenir inconscient, sans le moindre sourire, ne la reconnaissant plus totalement … Il y avait bien un mot de nos jours, qu'elle ne connaissait pas à l'époque. Elle avait eu peur que son petit Vanya soit formaté.
    Non. Qu'elle abandonne donc ces rêves noirs ! Son petit frère souriait, son petit frère l'appelait, son petit frère prenait doucement sa main. Il avait l'air bien.


    « Allons, fais attention ! Tu ne t'es pas fait mal au moins ? »

    Elle répondit à son sourire, tendrement. Son petit Vanya est tout comme il le fallait. Comme chaque enfant devrait être. Que les autres en prennent de la graine ! Son frère était une charmante nation, si bien entourée !
    Elle caressa du pouce la main de son frère. Il aurait été idiot de dire qu'elle réalisait enfin sa présence auprès d'elle. Elle l'avait compris bien avant. Elle avait pleuré, la tête enfouie dans ses draps, le sachant deux pièces à côté. Le bonheur qui lui monte à la tête... !

    « J'espère que tu as faim, je crains en avoir trop fait pour cette fois ! »

    Trop par rapport à ce qu'elle mangeait d'ordinaire. Plus à l'Ouest, on appelait ça une assiette. Ici, un buffet.
    Tenant d'une main un petit Ivan et de l'autre sa robe, elle poussa la porte en appuyant contre le bois son épaule. Elle coulissa, dans un petit son caractéristique. Elle l'ouvrit en grand, la rabattant entièrement contre le mur de pierre. Bien sûr, qu'elle n'aurait pas pu attendre... L'odeur emplissait déjà la pièce, venant du feu dans le coin. Elle lâcha la main de son frère, lui indiquant de se poser d'un simple signe de tête.
    Elle laissa tomber tous les morceaux de poteries. Qu'en ferait-elle ? Elle ne savait pas bien … Plus tard, peut-être l'inspiration lui viendra.

    Elle prit doucement la vieille louche de fer cabossée, posée sur le coin, vérifiant en quelques gestes si elle pouvait servir son frère. Elle finit par décréter que oui. En chantonnant tout bas, ce genre d'air qu'on oublie une fois est-il terminé, elle servit son jeune frère, ramenant avec hâte sa bolée de bortsch. Yekaterina y avait mis tout son coeur, comme à son habitude.
    Elle le regarda en souriant un moment, attendant qu'il ai commencé son repas pour s'approcher un peu de lui.


    « Ne bouge pas, je m'en vais chercher un objet que tu te dois de connaître. »

    Elle lui sourit en lui caressant la joue, avant de se redresser et de sortir de la pièce. N'allons pas nous étendre sur ce qu'elle fait une fois la porte de nouveau passée. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'elle prit son temps, aimant entendre ses pas sur les pierres. Elle revint une dizaine de minutes plus tard, serrant contre elle, un tissu enroulé. Elle jeta un coup d'oeil à sa bolée.

    « Alors, Vanya, est-ce bon ? »


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MessageSujet: Re: Au temps où tu souriais innocemment [Rus' de Kiev en ses débuts - Russie]   Dim 13 Mar - 21:12



    Ivan avait l'impression que la route était longue, trop longue, que trop de distance le séparait de son aînée. Il aurait voulu toujours garder sa main dans la sienne, laisser ses petits doigts chétifs d'enfant serrer avec ardeur la paume si douce de sa grande sœur. Katya ne le laisserait pas. Katya ne le laisserait plus jamais. Il était si bien, là, auprès d'elle. Elle sentait si bon. Elle était si douce. Elle avait une si jolie voix. Grande sœur, grande sœur, que de fois il l'avait appelée. Que de fois il aurait voulu la voir débarquer sur un grand cheval blanc pour l'emmener avec elle, loin. Loin de ce type aux yeux bridés qui lui faisait faire son lit et le menaçait à tout moment de le foutre dans la soupe du midi à la place de l'agneau. Beurk. Il ne voulait pas finir à la place de cette pauvre bestiole. Déjà, il n'aimait pas aller avec Mongolie quand il le tuait pour le manger. Et puis, le temps passait. La nuit lorsqu'il s'endormait il pensait toujours à Katya, il se disait qu'elle serait là au petit jour. Qu'elle l'emmènerait. Tous les soirs il se répétait ça. Et le matin, lorsqu'il se levait, il se disait qu'elle viendrait le chercher dans la journée. Puis qu'elle viendrait le soir, qu'elle attendait juste que la nuit tombe pour l'enlever sans se faire repérer. La nuit des fois il restait éveillé, guettant le moindre bruit, se levant dès qu'il entendait quelque chose, pensant que c'était sa sœur qui arrivait, qui venait le sauver, qui venait le ramener avec elle. Elle était peut-être le prince dont elle lui parlait dans ses histoires, celui qui venait au secours de sa famille. Il attendait le "boing boing" qui caractérisait tant Grande Sœur. Personne ne savait le faire aussi bien qu'elle. Il y avait beaucoup de choses que personne ne savait faire aussi bien que Katya. Pour Ivan elle était un peu comme un modèle, un exemple, quelqu'un qu'il fallait suivre et imiter de la meilleure manière qu'il soit. Si Katya disait que la neige était jolie, la neige l'était. Si Katya disait qu'il fallait mettre une écharpe parce que sinon il allait avoir froid, alors il fallait mettre une écharpe.

    « Allons, fais attention ! Tu ne t'es pas fait mal au moins ? »

    Il secoua négativement la tête. Non, il ne s'était pas fait mal. Ou peut-être un peu, au genou, mais il fallait faire semblant, pour être digne d'avoir une grande sœur aussi exceptionnelle. Pour être digne de Grande Sœur, oui. Elle devait être fière de lui. Comme ça ils pourraient toujours être ensemble. Comme ça elle n'aurait pas besoin d'aller le chercher parce qu'il ne disparaitrait pas du jour au lendemain. Elle lui sourit. Qu'il lui avait manqué, ce sourire, le sourire de sa sœur qu'il aimait tant. Elle lui caressa le pouce. Il resserra sa prise autour de la main, qui lui semblait si grande, de son aînée. Il paraissait tellement petit à côté d'elle, tellement fragile. Un jour il serait plus grand, d'abord. Et il la protègerait. Et il protégerait Natasha aussi. Et tout le monde, sauf Mongolie et Turquie parce qu'il ne les aimait pas. Ils étaient méchants. En plus ils faisaient des trucs bizarres. Le harem de Turquie était vraiment un endroit étrange, il n'aimait pas y aller, il lui foutait la frousse. En plus, le Turc lui disait qu'il y avait des esprits qui rôdaient dans les terres pour lui faire peur alors au lieu d'aller se cacher dans les jupons des filles Vanya partait à la chasse aux esprits. Ben il n'en a jamais trouvé, et pourtant il peut vous assurer qu'il a fouillé partout. Sûr qu'il y a certains endroits qu'il connaissait mieux que Turquie, sûr.

    « J'espère que tu as faim, je crains en avoir trop fait pour cette fois ! »

    Il leva les yeux et lui sourit, acquiesçant lentement. oui, il avait faim. Il était jeune, il avait toujours faim, il avait besoin de grandir. Ce n'était pas avec la nourriture que grandissaient les Nations, mais bon, façon de parler. S'il ne voulait pas devenir un gringalet chétif, il fallait qu'il mange. Et puis la cuisine de Katya était bonne. C'était impossible de ne pas vouloir y toucher ; il en reprendrait deux, trois fois s'il le fallait, pour lui faire plaisir.
    Il ne lui lâcha pas la main pendant qu'elle poussait la porte, frémissant quelque peu en l'entendant coulisser. Ce son, c'était le son de la maison. Le son des souvenirs. Il continuait de garder ses doigts resserrés contre ceux de sa sœur, hésitant même quelques secondes à le faire lorsqu'elle lui indiqua d'aller s'asseoir. Il les garda serrés lorsqu'elle lâcha sa main, un court instant, avant d'obtempérer et d'aller s'asseoir sur le siège qu'elle lui indiquait.
    Il regarda son jupon se reposer tandis qu'elle laissait tomber les morceaux de poterie. Qu'allait-elle en faire, après ? Est-ce qu'elle redeviendra une poterie ? Un pot de fleurs ? Oh oui, un pot de fleurs ! Un pot dans lequel elle pourrait mettre une jolie camomille. Ou plusieurs. Ivan irait lui en chercher, plein. Elle aurait toujours des fleurs dans la maison. Voilà, il irait chercher des camomilles et des tournesols avec Natasha pour faire une surprise à Grande Sœur. Pour son anniversaire. Il était sûr que ça lui ferait plaisir.

    Il regarda Katya tandis qu'elle prenait la lourde louche entre ses mains, chantonnant. Il tenta d'identifier la chanson, il ne la reconnut pas. Est-ce qu'elle la lui apprendrait ? Il avait hâte. Hâte qu'elle lui montre tout, qu'elle lui apprenne tout, comme font les grandes sœurs envers leur petit frère. Comme il l'avait toujours imaginé, dans ses rêves les plus doux. Puis elle se tut et lui apporta le borsch qui sentait si bon. Il en prit une cuillère, hésitant un peu avant de l'avaler, regardant la soupe qui était à l'intérieur. puis il approcha ses lèvres et l'avala. Qu'elle était bonne ! Un régal. Il sentait bien que c'était Katya qui l'avait faite. Pour sûr, ça n'allait pas être l'un des autres bourreaux qui était capable de faire quelque chose d'aussi bon.

    « Ne bouge pas, je m'en vais chercher un objet que tu te dois de connaître. »

    Il la regarda s'éloigner, le cœur serré. Elle ne partait pas, n'est-ce pas ? Elle ne l'abandonnait pas, n'est-ce pas ? Elle ne partait pas sans lui ? Non, elle avait dit qu'elle allait juste chercher quelque chose. Alors elle ne partait pas. Il n'empêche qu'il ne put toucher à sa bolée durant son absence, trop inquiet. D'autant qu'elle ne revenait pas. Les minutes lui semblaient être des heures. Il craignait de ne pas la voir revenir. Il était toujours assis de côté, les yeux rivés sur la porte, lorsqu'elle se poussa de nouveau. Il était prêt à bondir pour échapper à l'envahisseur. Peut-être était-ce Mongolie ? Peut-être l'un de ses anciens tyrans était venu le chercher pour le ramener ? Mais non. Il fut rassuré en voyant apparaître la chevelure blonde, en entendant le bruit tonitruant de la poitrine de sa grande sœur. Il se remit à table et recommença à manger. Le borsch avait légèrement refroidi, mais il était toujours bon.

    « Alors, Vanya, est-ce bon ? »

    Ivan leva les yeux vers Katya et lui sourit, de la soupe tombant légèrement de sa lèvre. Rougissant en sentant le contact du liquide cuisiné, il l'essuya bien vite d'un revers de manche et prit le temps de finir sa bouchée avant de lui répondre, avec un sourire sans égal. Qu'il aimait sa sœur. Il avait tellement eu peur qu'elle soit vraiment partie qu'il avait à peine touché à son assiette. Au fond, il craignait qu'elle l'abandonne. Même s'il se persuadait du contraire, les vieilles peurs remontaient toujours lorsque la situation le leur permettait.

    - Da, très très bon. Ça faisait longtemps que je rêvais que tu m'en refasses un, Katya.

    Il lui souriait toujours à pleines dents, reprit une cuillerée de ce délicieux plat qu'il connaissait si bien, et qui, pourtant, lui laissait un léger arrière-goût d'amertume au fond de la gorge. La nostalgie, c'était ça. Il était resté bien trop longtemps loin de la maison. Il était resté bien trop longtemps loin de sa sœur et de tout ce qu'il chérissait.
    Il regardait passer le temps, fleurir les fleurs, en se demandant si Grande Sœur viendrait le chercher, si elle lui ferait du borsch, s'ils pourraient de nouveau être heureux comme avant. Maintenant que son rêve s'était réalisé, il avait encore un peu de mal à s'en apercevoir. Il était comme encore endormi, dans cet état végétatif qui ne laissait ni penser à un rêve, ni à la vie vraie. Il était comme sourd, comme perdu au milieu de cet état, entre ses pensées et ce qu'il vivait, et ce qu'il voyait, et ce qu'il mangeait. Il n'était plus seul. Il était avec Katya. Pas qu'il ai jamais été seul, mais il arrivait à ressentir la solitude même en étant entouré, auparavant. A présent c'était comme si une distance le séparait encore de Yekaterina. Une distance qu'il lui fallait abolir, absolument.
    Il regarda le tissu enroulé que sa sœur tenait contre elle. Qu'était-ce ? Etait-ce quelque chose de dangereux ? Etait-ce qu'elle avait décrit comme "quelque chose qu'il devait absolument connaître" ?

    - Katya, qu'est-ce que c'est ?

    On ne montre pas les gens du doigt Ivan, ce n'est pas poli. Est-ce que cet objet est une personne ? J'en doute. Mais, dans le doute, justement...
    Ne prenons donc pas de risques.

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MessageSujet: Re: Au temps où tu souriais innocemment [Rus' de Kiev en ses débuts - Russie]   Sam 9 Avr - 22:10

    Vanya, c'est un enfant adorable. Il faut prendre des pincettes pour le manier, au risque de le brusquer et de le briser. C'est qu'il est fragile, Vanya, il n'a rien du bon gars carré qui martyrise ses camarades. Non, c'est plutôt du genre à fixer ses ainées avec de grands yeux pour toucher leurs coeurs de femme et attirer vers lui les attentions. En a-t-il seulement conscience ? Yekaterina n'en savait rien. Elle se contentait de subir l'incontournable candeur émanant du petit russe. Oh, qu'est-ce qu'elle aurait donné pour que cela continue encore des siècles et des siècles durant ! On dit qu'aimer sauve de tout. On dit que si vous aimez assez, jamais cette personne chère à votre coeur ne mourra. Jamais. Que par sacrifice de soi, on sauve l'objet de notre amour. Par amour, des femmes ont abandonné leurs moeurs. Et par amour, Bess mourut pour Jan.
    Mais Yekaterina n'a pas dû l'aimer assez. Il n'aurait pas eu à subir tout ça si elle l'avait suffisamment aimer. Et ça fait mal d'y penser.

    Mais allons. Le temps n'est pas à la nostalgie, alors que rien n'est encore arrivé. Nous sommes au commencement de tout. Au commencement de Kiev. Ukraine ne porte pas encore ce nom. On l'appelle « la Rus' de Kiev ». Elle n'est pas seule, mais c'est à elle que l'on pense. À ce commencement, Ivan était encore heureux. Le genre à courir et à rire. Et Natalya. Du genre à aimer son frère. Mais que dit-on … Cela, malgré le temps, ne changera pas. Elle sera toujours du genre à aimer son frère. Et Yekaterina à les chérir, ces deux-là.
    Le commencement … C'était aujourd'hui. Les jours passés ne comptaient plus. Yekaterina avait fait tabula rasa. Avant ? Il y avait eu un avant ? Il n'y avait que maintenant, désormais. Un maintenant en construction avec son frère et sa soeur.

    Non, vraiment. Le passé n'avait plus d'importance quand elle le voyait sourire comme ça. Candeur. Innocence. Elle aurait tout fait pour qu'il les préserve. Mais non .. Mais non... Elle fut vite rattrapée par 'la réalité' …

    Elle revint dans la pièce et soupira de soulagement, à le voir à sa place. Crut-elle qu'il aurait disparu une fois de retour ? Elle s'en aurait tant voulu … ! Foutaises. Maudites pensées. Non. Ivan était toujours assis, sa bolée en main. Il lui dit qu'il aimait ce qu'elle avait préparé. Et il parlait de passé. Elle lui rendit un sourire timide, triste peut-être. Sa profonde compassion. Affichée et collée dans ses lèvres étirées. Elle irradiait la compassion. Saleté pseudo-vertu. Cum patior, que disaient les romains. Une vertu de souffrir pour autrui et se sacrifier pour lui. Et on dit que dans son sourire, Yekaterina ne peut être compatissante. C'est faux. Elle est la compassion. Elle sacrifie son sourire, tue ses pensées pour rassurer son frère. Car il ne désire que ça, n'attend que ça, ne veut que ça … Qu'on le rassure. Sa vertu par un sourire, si ce n'est pas beau.
    Et lui qui pose sur elle ses yeux améthystes. Puis qui les pose sur ce qu'elle tient. Elle sourit de le voir curieux. Mais elle ne lui répondit pas tout de suite. Elle aimait bien la situation. Et si elle gardait son attention encore un peu sur elle et ce qu'elle tenait, peut-être l'aurait-elle le reste de la journée. C'était important ! Très important... !


    « Je veux que tu m'écoutes attentivement … Nous nous sommes trop laissés aller dans les croyances païennes... Tu as beaucoup grandi, ce qui est une très bonne chose. Mais vois-tu … Le temps n'est pas aux contes et légendes. Il faut cesser de croire en ces êtres. Sinon ... »

    Elle hésitait. Elle avait peur qu'il le prenne mal. Après tout, il ne s'agissait pas réellement de sa propre initiative, ni d'une illumination. Mais plutôt d'une adaptation. Les royaumes alentours grandissaient à vue d'oeil jour après jour. Il s'agissait de la protection de sa famille. On attaquait pour des questions de croyance. Alors, autant ne provoquer personne.
    Elle déroula lentement le tissu, méticuleusement. Un pan, puis un autre. Et un chapelet se mit à briller.
    Yekaterina se mit à sourire, en concurrence avec les perles de bois.


    « Mon petit Ivan, un être nous a posé sur cette terre. Sinon, comment sommes-nous arrivés là ? Un être qui vit au-dessus de nous et en nous. On l'appelle 'Dieu'. Tends-moi tes mains. »

    Elle souleva délicatement le chapelet et donna l'objet à son frère. Elle avait abandonné la sainte compassion pour la standard satisfaction d'apprendre à son prochain.

    « Je te le donne. Il s'agit d'un chapelet. Vois-tu, cet être au-dessus de nous, nous surveille. Il faut être sage pour que notre peuple puisse atteindre ses côtés et vivre en paix. Tu comprends ? Je l'espère. Et pour être sage, il faut être bon. Dans ton coeur et dans tes actes. Et pour amener à toi les miracles, il faut prier. Ce n'est une grande nouveauté, prier. Mais prier pour Dieu … C'est autre chose. Il existe des prières. Des textes mélodieux que l'on récite à sa gloire et à ses mythes. Les perles t'aideront à compter lors de tes prières. »

    Elle prit une inspiration, suite à son – plus ou moins – monologue. Elle désirait réellement que son frère comprenne, mais n'était pas sure elle-même de saisir.C'était assez nouveau. Elle avait la désagréable sensation de donner une leçon, de ces leçons dont on ne retient rien et qu'on écoute passivement, à vouloir être ailleurs. Ces leçons que l'instructeur récitait par coeur sans comprendre le sens de ses mots. Le tout était de répéter, répéter, répéter, jusqu'à ce que cela s'imprime dans la tête du gamin, et que celui-ci cesse de faire l'idiot et récite à son tour, répète, répète, répète, par coeur, sans non plus comprendre …
    Peut-être même qu'Ivan ne l'écoutait pas. Peut-être qu'il avait cessé dès qu'elle lui avait demandé de l'écouter. Cela ne la surprendrait pas. Ne l'a-t-elle pas déjà dit ? Que son Vanya est de ce genre d'enfant qui court et qui rit. Qui joue. Qui s'amuse. Insouciant.
    Innocent.

    Vanya n'est encore qu'un enfant... Et quoiqu'il fasse, il sera toujours « rien qu'un enfant ».


Dernière édition par Ukraine le Lun 18 Avr - 16:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Au temps où tu souriais innocemment [Rus' de Kiev en ses débuts - Russie]   Lun 18 Avr - 15:06

    Les enfants ne sont souvent pas ceux qui sont le moins à blâmer. Souvent ils font bien plus de mal que n'importe qui sans même se rendre compte de la douleur qu'ils peuvent infliger. Les enfants ne veulent qu'une chose, être heureux auprès de leurs parents. Ils sont comme des chiens qui veulent à tout prix rester auprès de leur famille, peu importe ce qu'ils sont, ce qu'ils ont été et ce qu'ils seront. Car la famille est quelque chose de sacré et la seule chose qui peut permettre à un enfant de rester debout face au monde. Monde ? Cruel monde, que la cour, que l'enfance. Un enfant côtoie les autres enfants, il souffre. Il a besoin des bras de la personne qui l'élève. Vanya avait besoin des bras de Yekaterina. Il avait besoin de sentir l’odeur de son parfum, de se serrer contre elle lorsqu’il avait fait un cauchemar, lorsqu’il ne voyait plus la lumière. C’était un enfant, Vanya. Il aurait fait n’importe quoi pour être avec sa sœur, avec ses sœurs. Il serait devenu le pire des monstres pour leur plaire, pour ne pas être seul. Car c’est cela, la crainte d’un enfant, n’est-ce pas ? Être seul. C’est effrayant. Dodo, l'enfant do, l'enfant dormira bien vite. Mais il faut que l'enfant soit bercé, il faut que l'enfant soit chéri. L'enfant ne dort pas vite, s'il n'a pas sa mère, son père, s'il n'a qu'un Mongol qui ne fait que hurler, frapper et détester. L'enfant ne dort pas s'il ne fait qu'attendre le retour de sa sœur, jusqu'à ce que des cernes lui tombent sous les yeux, jusqu'à ce qu'il n'entende plus rien. Allons, que sait faire un enfant ? Un enfant sait-il lutter ? Très certainement. C'est une capacité qui se perd avec l'âge. L'enfant sait lutter et remonter la pente même s'il a besoin d'appuis, parce qu'il ne voit pas toujours le mal qu'il cause, parce qu'il ne fait qu'aller de l'avant alors qu'il sent le mal qu'on lui cause. L'adulte lui ne sait plus lutter, il ne sait qu'abandonner ou ne pas faire pour ne pas paraître faible. Pour ne pas décevoir. L'adulte porte la charge du monde sur ses épaules. L'enfant s'assied dessus et regarde tout s'agiter tandis qu'il ne comprend pas pourquoi le monde est ainsi fait.

    Et l'adulte se décharge de ses responsabilités en se créant un être supérieur qui est responsable de lui et de ses enfants, de la Terre, de l'eau, de tout ce qui l'entoure, de tout ce qui le crée et de tout ce qui le nie. Et l'enfant suit gauchement ces principes pour ne pas être nié. Il sèche ses larmes, relève la tête et s'obstine à croire en ce qu'il n'aurait jamais cru auparavant, parce qu'on le lui demande. Parce qu'on lui dit d'y croire. Parce qu'il a l'innocence de penser que lorsque quelqu'un lui demande de faire quelque chose c'est forcément quelque chose de bien.

    « Je veux que tu m'écoutes attentivement … Nous nous sommes trop laissés aller dans les croyances païennes... Tu as beaucoup grandi, ce qui est une très bonne chose. Mais vois-tu … Le temps n'est pas aux contes et légendes. Il faut cesser de croire en ces êtres. Sinon ... »

    Sinon quoi, Katya ? Les esprits n'allaient pas être contents s'il ne croyait plus en eux. Ou alors, sinon, ils arrêteraient d'être gentils avec lui. Est-ce que c'était ce que voulait dire Katya ? Est-ce que les esprits allaient devenir méchants s'il continuait de croire en eux ? Mais non, il ne voulait pas qu'ils soient méchants avec lui, il voulait pouvoir continuer à jouer avec eux. Et puis il voulait pouvoir continuer à border l'esprit de la maison le soir. Et à pouvoir courir dans la neige avec le Général Hiver qui, parfois, faisait peur. Il ne comprenait pas ce que voulait Katya. Pourquoi fallait-il qu'il les abandonne ? Elle ne les aimait pas ? Elle ne voulait pas qu'ils viennent à la maison ? Il pouvait la rassurer alors, il ferait en sorte qu'ils ne rentrent pas dans la maison. Mais il voulait pouvoir continuer à les voir, à leur parler, et à aller jouer avec eux, aussi. Il voulait faire des batailles de boules de neige avec Katya, Natasha et tous ceux auxquels il croyait. Et il pensait qu'eux aussi ils croyaient en lui, alors voilà.
    Il regarda les mains de sa sœur pendant qu'elle déroulait le tissu, laissant finalement apparaître un objet étrange qu'il ne reconnaissait pas. C'était une espèce de croix pas symétrique, mal grossie, avec des perles. Ivan n'aurait pas su dire s'il trouvait ça joli ou moche. Il se disait juste que c'était quelque chose de bizarre. Il s'attendait à autre chose, à un jouet, à... quelque chose de bien ? Oui, il s'attendait à ce que Grande Sœur lui ramène un souvenir de la maison, qu'ils partagent des choses du passé. Pas qu'elle lui ramène une croix bizarre avec un monsieur à moitié à poil attaché dessus. Le monsieur, c'était le mari de Grande Sœur ? Une petite moue déçue passa sur son visage. Il n'aimait pas cette idée, il ne voulait pas qu'il y ait quelqu'un d'autre à la maison qui soit marié à Katya et qui pense pouvoir lui dire ce qu'il fallait faire. En plus il était moche, voilà. Elle méritait mieux, Katya, pas un garçon qui lui donnait un collier avec lui mis sur une croix.

    « Mon petit Ivan, un être nous a posé sur cette terre. Sinon, comment sommes-nous arrivés là ? Un être qui vit au-dessus de nous et en nous. On l'appelle 'Dieu'. Tends-moi tes mains. »

    Il lui tendit les paumes ouvertes, légèrement inquiet, ne comprenant qu'à moitié ce dont elle lui parlait. Quelqu'un les avait posés là ? Comme des bonshommes de neige ? Alors en fait il était un bonhomme de neige survivant qui était devenu un petit garçon ? Mais non, ce n'était pas possible. Les bonshommes de neige, ils fondent quand l'été arrive. Il secoua négativement la tête. Non, elle n'avait pas raison Katya, ils ne fondaient pas au soleil alors il n'y avait personne qui les avait posés là. Il en était sûr, Dieu, c'était le monsieur tout moche sur la croix. En plus il avait menti à Katya. Et il voulait lui faire croire que les légendes et les esprits, c'était n'importe quoi. Vanya regarda le chapelet tandis qu'il tombait dans ses mains moites, avec une certaine distance.

    « Je te le donne. Il s'agit d'un chapelet. Vois-tu, cet être au-dessus de nous, nous surveille. Il faut être sage pour que notre peuple puisse atteindre ses côtés et vivre en paix. Tu comprends ? Je l'espère. Et pour être sage, il faut être bon. Dans ton coeur et dans tes actes. Et pour amener à toi les miracles, il faut prier. Ce n'est une grande nouveauté, prier. Mais prier pour Dieu … C'est autre chose. Il existe des prières. Des textes mélodieux que l'on récite à sa gloire et à ses mythes. Les perles t'aideront à compter lors de tes prières. »

    Il leva les yeux et regarda au fond des prunelles de sa sœur de son grand air innocent. Pour lui c'était un leurre ; c'était simple, sa soeur était tellement gentille, elle avait été arnaquée, il n'y avait pas d'autres choses à dire. Compter ? Compter les prières ? Il ne fallait pas compter les prières, il n'avait jamais compté les prières. Il en faisait quand il voulait, des prières. Et il était tout le temps avec les esprits. Eux, ils étaient restés avec lui quand il étai tchez Mongolie.

    - Grande Sœur, le monsieur il t'a menti, il nous a pas posés. On fond pas au soleil. Et puis il sait pas faire les choses bien, regarde, la croix, elle est pas normale.

    Et il agita un peu le chapelet sous le nez de sa sœur pour lui montrer la difformité évidente de la croix qui avait une branche plus longue que l'autre, celle du bas. Si les esprits voyaient ça, ils n'auraient pas été contents. Eux ils auraient fait mieux, déjà, la croix elle aurait été pareilles partout, ç'aurait été une vraie croix. Puis, si ç'avait été eux qui avaient fait ça, il n'y aurait pas eu de monsieur moche accroché dessus. En plus les esprits faisaient pas des choses comme ça, c'était pas leur style, à eux. Eux ils préféraient qu'ils aillent jouer dans le vent et dans la neige. Quand il y avait du soleil, ils allaient jouer dans les champs et puis voilà, il ne fallait pas se poser plus de question.

    - Mais si tu crois ce que le méchant monsieur menteur t'a dit et que tu veux que je croie aussi alors je le ferai.

    Il ne voulait pas être seul. C'était un enfant. Il voulait tout faire pour que Grande Sœur reste avec lui. Alors il ferait ce qu'elle lui demandait de faire, il abandonnerait sa religion, même si ça lui déchirait le cœur.

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MessageSujet: Re: Au temps où tu souriais innocemment [Rus' de Kiev en ses débuts - Russie]   Ven 20 Mai - 21:47

    Comme elle l'avait pensé, ce ne serait pas une tâche aisée.

    Il fallait raser d'un coup toutes les croyances d'un enfant, remettre le compteur à zéro, détruire jusqu'au dernier soupçon d'existence. Il fallait l'éclairer la lumière sainte, lui raconter la bible, faire naitre une nouvelle foi. Pour une femme qui n'avait jamais eu à faire ça, Yekaterina était perdue. Elle n'avait pas pu plus mal tomber qu'un enfant, qu'il soit son frère ou non, un enfant ! S'ils sont adorables, ils ont les croyances déviantes. Il est impossible de leur arracher le fruit de leur adoration, pour les forcer à en aimer un autre. Vanya aimait bien trop sa liberté de croyance pour qu'il les renie, pour qu'il les abandonne au profil de Dieu.
    Elle le voyait là, hésitant, un peu perdu, un peu comme elle. Si le maitre n'était pas capable d'enseigner, l'élève ne sera jamais capable d'apprendre. Elle ne pouvait pas lui apporter les bonnes réponses, alors le voilà plein de questions. Elle n'avait qu'une faible base en la matière et lui voyait déjà les failles. Elle avait ce besoin incurable de croire en quelque chose, et lui, des esprits, il s'en contentait. Mongolie l'avait écarté de son frère à des années lumières d'elle. Mais qui des deux est en avance sur l'autre, ça, elle n'aurait su le dire. Elle ne le saura jamais.

    Elle écouta l'enfant. C'est en écoutant un enfant qu'on apprend le vie, s'amusait-elle à dire. La perception du monde de ces petites têtes blondes différait tellement de celle des adultes, qu'on avait parfois l'impression de vivre dans … Un autre monde, oui. Un tout autre monde. Lorsqu'on laissait tomber ses pensées, qu'on cessait de se triturer la cervelle pour pas grand chose, et qu'on se tait pour écouter un enfant, alors, on comprend. Car seul lui, l'enfant, est capable de partir d'un rien et d'inventer un nouveau monde, un nouvel équilibre à sa manière. Il meuble par son imagination, une réalité parfois trop fade.
    Alors qu'elle parlait de créateur, lui parlait de fondre au soleil. Elle ne savait pas vraiment à quoi il pensait en disant cela, mais à coup sûr, leurs pensées différaient. Pour ne pas changer. Cela la fit rire un peu. Une telle candeur … Et il se plaignait de la croix. De mauvaises dimensions, informe, le bonhomme en son centre...
    Pour finalement cesser toute critique et « s'avouer vaincu » à la façon d'un enfant. « Si tu y crois alors ... ». Bien sûr, Vanya. Grande soeur y croit. Mais c'est parce qu'elle a besoin d'y croire. Elle qui n'a jamais su quoi faire pour te ramener, ce beau jour qui est enfin arrivé, elle a besoin de le devoir à quelqu'un. Et le devoir à ton tortionnaire, ah non, ça, jamais !
    Elle prit sa voix la plus douce, cette voix que les mères empruntent au moment de murmurer quelques mots à leurs enfants quand la nuit descend sur les toits. Cette voix qui ressemble bien plus à un souffle.

    « Je te parle d'un créateur. Un homme qui a façonné le monde et qui nous a fait à son image. La croix... C'est une longue histoire. Mais une histoire pour un autre jour. »

    Elle avait peur de choquer son innocence. Choquer. Mais choquer quoi ? Il n'y avait plus rien à choquer depuis longtemps. L'autre, venu de lointain Est, il avait cette tâche de choquer à coeur. Alors quoi ? Dire à Vanya que cette croix est ce qu'elle est parce que des romains ont crucifiés un homme sur une croix similaire mais oh combien plus grande ? Cela irait le choquer, vraiment ?
    Et zut ! Pas aujourd'hui, a-t-elle dit. Il dira ce qu'il voudra, elle n'avait pas l'intention d'en démordre. Elle laissa là, un instant, la discussion, s'approchant à petit pas du bortsch, dont le feu mourrait peu à peu. Avec un petit rire, elle tendit la main et attrape un morceau de betterave du bout des doigts, qu'elle avala aussitôt. Mmh, parfait, en effet … Et encore chaud. Elle chercha du regard la plaque qui, une fois retrouvée, fut posée sur le plat.
    Yekaterina essuya ses doigts dans les pans de sa robe, ignorant toute forme de « bienséance » dit-on, après tout, c'est bien elle qui trimera à la rivière pour retirer les vilaines taches. Puis, elle revint auprès de son frère pour lui essuyer les joues avec énergie, qu'ils soit sale ou non. Cela n'avait pas vraiment d'importance. Seul le geste compte.
    Et souriante, elle repris doucement.

    « Ne parle pas du créateur sur ce ton, veux-tu ? Sois un gentil garçon, grandis un peu... Les esprits, c'est pour les enfants, tu es un grand maintenant ! »

    Si elle pouvait avoir tord … Au fond d'elle, il y eut ce quelque chose qui se brisait et qui vint alors à se briser davantage. Mais elle ignora cette peur, peur affreuse qui prend l'être sans raison quand il s'agit de perte. Elle ignora cette peur par un sourire, qu'elle dédia à son bout de chou. Qui, décidément, grandissait trop vite.

    « Comme je te l'ai dit. Tu n'as plus l'âge à ça. Ce sont des chimères, qu'il faut aujourd'hui abandonner … Je comprend que c'est encore confus pour toi, toute cette histoire de créateur, qu'il vaut mieux oublier les esprits et … J'aimerais que tu fasses un effort. Je sais que tu es un garçon intelligent, tu finiras par comprendre à quel point c'est important … »

    Elle prit son frère dans ses bras pour le bercer doucement.
    Brisait-elle son innocence ? Etait-ce un choc dés-illusoire pour lui ? Après tout, n'avait-elle pas pensé de même, quand elle fut plus 'jeune' ? Yekaterina se souvenait encore de ces journées passées à chercher les esprits dans les plaines. On soulevait les rochers, on les appelait en riant, on fouillait derrière les hautes herbes … Elle ne les avait pas trouvé. Jamais. Elle avait fini par laisser tomber et …
    Elle embrassa le front d'Ivan avant de s'écarter, lui souriant. Elle caressa sa joue, écartant dans son front son épaisse frange. Ah … Peut-être était-il temps de couper un peu tout ça … Oui... C'est ce qu'elle ferait...

    Et enfin, Yekaterina le lâcha.

    « Alors, tu as fini de manger ? »



[Hrp; Promis, j'vais apprendre à répondre plus vite >_ô ]
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Fonda




MessageSujet: Re: Au temps où tu souriais innocemment [Rus' de Kiev en ses débuts - Russie]   Mer 25 Mai - 13:22

[pas de soucis, les périodes d'examens c'est la dèch' x)]

    Comment ôter à un enfant les croyances qu'il possède depuis son plus jeune âge ? Par la force ? Par l'amour ? Sûrement un peu des deux. Les enfants sont insaisissables, ils fuient ce qu'ils ne peuvent voir et s'amusent à s'inventer des amis imaginaires, le soir, pour se protéger des monstres et des fantômes. Les enfants ont besoin d'un ami qui leur appartienne, qui les protège peu importe l'instant, qui soit prêt à accourir dès lors qu'il se sent mal. Comment retrouver cette chaleur amicale, cette sensation de bien-être, envers un dieu qui appartient à tous ?
    Faut-il vraiment arracher à l'enfant son ami imaginaire pour le remplacer par un autre, invisible, qui, lui, était fait de la même chair et appartenait à tout et chacun ?

    « Je te parle d'un créateur. Un homme qui a façonné le monde et qui nous a fait à son image. La croix... C'est une longue histoire. Mais une histoire pour un autre jour. »

    Une histoire pour un autre jour ? Mais c'était aujourd'hui qu'il voulait l'entendre, cette histoire. En vérité, ce que Katya disait ravivait la conviction qu'il s'agissait d'un fieffé menteur qui lui avait raconté n'importe quoi pour s'attirer ses bonnes grâces. Katya était tellement gentille, elle aurait cru tout ce qu'on lui aurait dit ; elle se serait apitoyée sur un homme qui se faisait passer pour pauvre alors qu'il portait des souliers de cuir et un manteau en peau de tigre. Katya croirait n'importe qui. Il lui prit l'envie de la protéger, pauvre grande sœur. Elle allait être malheureuse, après. Alors, il fallait qu'il retrouve ce monsieur et qu'il l'empêche de voir Grande Sœur, ou alors qu'il fasse tout pour qu'il lui avoue qu'il lui avait menti. Alors elle ouvrirait les yeux, et tout irait pour le mieux oui. Ivan, il ne pouvait pas pardonner à quelqu'un qui avait menti à sa sœur et qui allait lui faire du mal ; il s'occuperait de tout et elle irait mieux, n'est-ce pas ? Et elle recommencerait à aller jouer avec les esprits et lui, da ? Et Natasha, aussi. Quand ça sera fini, ils iraient tous les trois aller jouer dehors et rendre hommage aux esprits, et alors tout irait mieux. Ils seraient encore tous les trois dans le meilleur des mondes possibles. Parce que dès lors qu'ils étaient ensemble, c'était le meilleur des mondes possibles. Il ne pouvait en avoir de mieux. Certes tout n'était pas fait de neige et de tournesols, mais il faisait bon dans la demeure familiale, lorsqu'ils étaient tous les trois réunis. Vanya, il voulait écouter Katya leur raconter des histoires, à Natasha et à lui, tous les trois enveloppés dans une couverture et au chaud, serrés les uns contre les autres.
    C'était ça le vrai bonheur pour Ivan ; être avec ses sœurs, les savoir auprès de lui. Un Dieu, une religion ? Qu'importait. Mais, Katya ne pouvait pas lui demander de renoncer à ce en quoi il croyait. Da ?
    Elle lui essaya fortement les joues, alors qu'elles étaient propres. Pourquoi ?

    « Ne parle pas du créateur sur ce ton, veux-tu ? Sois un gentil garçon, grandis un peu... Les esprits, c'est pour les enfants, tu es un grand maintenant ! »

    Ou pas. Il leva les yeux vers sa sœur et l'observa d'un air hébété. Pourquoi est-ce qu'il n'aurait plus le droit de croire aux esprits ? Juste parce qu'un méchant monsieur avait dit à Grande Sœur que ce n'était pas bien ? Qu'il était trop grand ? Il le détestait. Il ne le connaissait pas, mais il le détestait. Il lui avait pris sa grande sœur, à lui ! Il la lui avait volée ! Oui, volée ! Voilà qu'elle s'éloignait de lui maintenant, alors qu'il venait juste de la retrouver.

    « Comme je te l'ai dit. Tu n'as plus l'âge à ça. Ce sont des chimères, qu'il faut aujourd'hui abandonner … Je comprend que c'est encore confus pour toi, toute cette histoire de créateur, qu'il vaut mieux oublier les esprits et … J'aimerais que tu fasses un effort. Je sais que tu es un garçon intelligent, tu finiras par comprendre à quel point c'est important … »

    ...Avait-il perdu Katya ? Elle le prit dans ses bras pour le bercer. Ivan ne réagit pas. Il avait l'impression d'avoir perdu sa sœur. Les esprits, c'était eux aussi, non ? Ils avaient passé tellement de temps à les chercher. Est-ce qu'un prince était venu pendant son absence pour lui arracher sa Katya ? Quel mauvais prince il faisait alors. Vanya se blottit légèrement contre elle. Il avait l'impression que s'il la lâchait elle disparaitrait de la même manière que disparait ce que l'on pense avoir quasiment trouvé. Il ne voulait pas qu'elle parte. Pourtant, n'était-ce pas ce qu'elle faisait ? Katya ne croyait plus en les esprits. Katya ne croyait plus en eux. Quelque part, quelque chose s'était brisé, quelque chose d'irréparable qui lui laissait comme un vide. Il ne fallait plus croire en les esprits ; il fallait seulement croire ce que Katya lui disait de croire. Mais Ivan ne le voulait pas. Ivan, il voulait continuer de jouer avec les esprits, d'aller les chercher dans les hautes herbes. Il voulait continuer de porter la pantoufle qui contenait L'Esprit de la Maison avec lui, pour qu'elle ne soit pas triste de les voir partir sans elle. Ivan, il imaginait l'esprit de la maison comme une grand-mère qui avait veillé sur eux toutes ces années et qui allait continuer de le faire jusqu'à ce qu'ils partent de la maison. Il rêvait beaucoup, Ivan, et il voulait continuer de rêver jusqu'à ce que sa tête l'en empêche.
    Katya lui embrassa le front et s'écarta en lui souriant. Elle balaya sa frange d'un revers de la main. Vanya, hésitant, à demi-honteux, gardait les yeux rivés sur elle sans en détourner. Le voulait-elle réellement ? Voulait-elle qu'il abandonne les esprits ?

    « Alors, tu as fini de manger ? »

    Il tendit légèrement la main sur le côté, semblant apercevoir leur esprit familier. Elle avait l'air triste. Il voulait la consoler. Lui dire qu'ils ne partiraient pas sans elle, même si Katya semblait l'avoir oubliée.

    - Regarde Katya, tu la rends triste, elle pleure..

    Il ne voulait pas blesser sa sœur. Il n'avait jamais voulu la blesser. Il se contentait de regarder la vieille femme d'un air songeur, triste. Inquiet ? Pas vraiment. Au contraire, il était plutôt serein. Il tendait sa petite main vers la vieille dame, cherchant une chaleur rassurante. Elle existait, n'est-ce pas ? Elle n'était pas qu'une croyance, comme ce monsieur dont Katya lui parlait. Non, elle existait, il en était sûr. Les enfants avait ce don de pouvoir voir ce qui était inaccessible aux yeux des autres. Lui, il la voyait très bien, cette dame, pâle fantôme qui souriait dans la maison en s'installant au coin du feu les jours de grand froid. Elle lui avait déjà raconté des histoires, de belles histoires.
    Il pouvait lui raconter des histoires, l'autre ?

    Il ne tint plus et se retourna vivement pour s'enfuir et retourner dans sa chambre, les larmes coulant allègrement le long de ses joues.
    Katya ne comprenait pas.
    Alors il devait comprendre Katya.
    Mais il n'y arrivait pas.
    C'était trop dur d'abandonner ceux qui l'avaient aidé à tenir durant toutes ces années de captivité.

_________________
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MessageSujet: Re: Au temps où tu souriais innocemment [Rus' de Kiev en ses débuts - Russie]   Ven 24 Juin - 8:09

[J'ai vaincu le bac et l'manque d'inspi'... Enfin, plus ou moins 8D]


    Elle ne savait plus comment le prendre. Etait-ce de l'innocence ou les prémices d'une folie ? Il parlait à l'esprit, être que Yekaterina ne pouvait voir. Il n'y avait devant elle que du vent, qu'on ne pouvait palper, ni entendre. Et toute sa volonté ne fit pas apparaître sous ses yeux cet être qu'Ivan regardait avec cette petite lueur de tristesse à en fendre le cœur de son ainée. Et elle perdait le fil de ses pensées.
    Inquiétude. L'inquiétude la prenait. Petit à petit, comme un mal qui vous ronge, l'inquiétude vous prend et ne vous lâche plus. Elle s'accroche aux tripes, retourne le cœur dans tous les sens imaginables, se loge dans vos entrailles et attend le bon moment pour vous mordre … C'est un fléau. L'inquiétude ne quitte pas. Elle épouse et reste fidèle. Elle se multiplie, se fait centaines, se fait milliers, se fait millions, mais elle reste présente, toujours à l'appel sans exception. Il est dur de s'en débarrasser. Yekaterina n'y arrivait pas non plus. L'inquiétude était un de ses ennemis les plus chers, et des plus terribles, car elle n'est point matérielle. Comment chasser ce qui n'a pas de forme ? L'arc, la fourche, des armes qui repoussent l'envahisseur et l'animal. Mais l'inquiétude ? Quelle arme ?
    La foi. On repousse l'inquiétude par la foi. C'est ce qu'on lui avait dit. C'est ce en quoi elle croit. Perdre l'inquiétude en se tournant vers … Un Dieu créateur. Un Dieu unique. La fin des peurs, car on se remet enfin à autrui. Plus besoin de se poser de grandes questions, de culpabiliser, de s'en vouloir pour ne pas en avoir fait assez, ou en avoir justement trop fait... Prie, et tu auras ta réponse. Sois bonne croyante, vertueuse et éloigne-toi des péchés. Car voilà tout ce que l'on te demande. Rien de plus, rien de moins.

    Et la foi, elle met du temps à faire effet.

    « Vanya, de qui parle-t— ? »

    Elle n'eut pas le temps de finir, l'enfant s'était enfui. Pour peu, elle aurait cru apercevoir des larmes sur ses joues. Son coeur se brisa pour de bon. Elle ne dit pas un mot, se contentant de fixer la porte. Le silence tomba sur ses épaules et la fit tomber à genoux. Elle posa les mains devant ses yeux, attendant que les larmes viennent à leurs tours. Mais rien ne venait. La gorge sèche, elle fixa l'écran noir de ses paupières un moment.
    Et dans sa tête, tout se jouait. Elle avait la sensation d'entendre les pas de son frère sur les dalles, au rythme d'une course affolée, et les sanglots d'un enfant à qui on venait d'apprendre de douloureuses vérités. C'est la fin d'un mythe.
    Qui n'a pas parlé dans le vide en espérant se faire entendre ? Qui n'a pas couru en s'imaginant en présence d'une personne que l'on ne voit pas forcément et … Qui lui a créé une forme, lui a donné un nom, une origine, un caractère … Qui … Ne l'a pas fait ? Et … Qui sont-ils, ses adultes, pour briser de tels rêves, lorsqu'eux se tournent vers Dieu, être sans forme, sans nom, sans origine … Être à qui l'on murmure des prières sans savoir à qui on les adressait …
    Elle se leva, secouant la tête. Il n'était pas temps de s'embrouiller l'esprit. Qu'elle n'aille pas chercher des failles à un raisonnement qu'elle aimerait croire. Elle se leva donc. En secouant la tête. Et elle se dirigea de nouveau vers la chambre de l'enfant.

    Et boum, boum, boum. Son coeur qui vivait à nouveau. Battant à la charade, ce tempo qu'elle connaissait tant : celui de l'impatience. Elle avait dansé dessus plus tôt, lorsqu'il lui avait fallu surveiller son frère endormi. Elle se laissait de nouveau aller, dans des gestes plus lents, plus lourds, mais toujours sur ce rythme, sur ce thème... Et comme auparavant, la porte semblait s'éloigner à chacun de ses pas. Comme si on souhaitait qu'elle ne l'atteigne jamais …
    Ne le rejoins pas. Laisse-le. Ne retourne pas le voir. Laisse, laisse … Il doit comprendre.

    Elle s'arrêta de nouveau à la porte. Juste devant elle et … Elle n'osait plus.

    « Va.. Vanya, s'il te plait … »

    Elle tremblait. Sa voix aussi. Peut-être valait-il mieux le laisser récupérer de la nouvelle ? Cela serait présupposé qu'il la croit elle … Et si ce n'était pas le cas ? Et si sa petite tête blonde croyait dur comme fer à ses esprits, et qu'il ne les lâche plus ? Qu'allait-il lui arriver et, que devait-elle faire ?
    Elle joignit les mains, y collant ses lèvres. Elle priait. Ce genre de prières qu'on souffle tout bas dans les pires moments. Elle demandait une réponse. Qu'était-elle censée faire désormais ? Il parlait d'un esprit qui pleurait. Parce qu'elle, elle n'y croyait pas.
    Finalement, elle rentra une deuxième fois dans la pièce, après avoir tué les inquiétudes.
    Il fallait qu'il la comprenne car elle n'en était plus capable.
    Avec le temps, finalement, tout s'en va, et ça ne revient pas.
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Fonda




MessageSujet: Re: Au temps où tu souriais innocemment [Rus' de Kiev en ses débuts - Russie]   Ven 15 Juil - 9:38

    La triste vérité, c'était que les rêves ne savaient pas fuir. Abandonner, lâchement ou non, ils ne savaient pas. La seule chose que savaient faire les rêves, étaient d'espérer, de donner espoir, de rester encore et encore, jour après jour, nuit après nuit, de ne jamais défaire leur doigts noueux de la main de leur propriétaire. Espère, petit rêveur, le porteur de lumière viendra bientôt te libérer. Pour les cauchemars, c'était une autre affaire. Il suffisait de les délaisser, de les repousser, de les oublier. Il suffisait de croire. Et les esprits, étaient là pour représenter cet espoir, cette croyance, cette envie d'enfant. Cette envie d'aller de l'avant, ne rien laisser derrière. Ne pas être laissé derrière. Car il y avait toujours cette peur omniprésente dans l'esprit de l'enfant, celle d'être abandonné. Triste chose ? Oui, sûrement. Et lorsque l'enfant cessera de voir les esprits, lorsqu'il arrêtera de croire en ses rêves, est-ce qu'alors la réalité le contenterait dans ses désirs ?
    Non, certainement pas. Le Pays des Merveilles n'existe que par procuration. Il ne faut pas se réveiller, il ne faut jamais se réveiller. Car le réveil est brutal, dur et froid, toujours. Et si alors, l'imaginaire ne fait plus face à la réalité pour le rendre plus confortable, ce n'est qu'allongé sur la terre dure et sans sentiment qu'Ivan pourra voir son avenir. Il avait rêvé, des jours durant, que sa grande sœur arriverait, qu'elle l'emmènerait avec elle, qu'ils repartiraient ensemble. Mais, durant tout ce temps, que de sévices il avait connus ! Et elle, elle n'était pas là. Seuls les esprits étaient présents pour le consoler dans son malheur. Seuls ses rêves l'aidaient à porter les lourds seaux qu'il fallait tenir pour nourrir les bêtes du Mongol. Alors, il fallait maintenant qu'il les abandonne ? Non. Non.

    – NON!

    Il ne les abandonnerait pas, lui qui craignait tellement la solitude. Il voulait rester avec Katya. Il voulait continuer à rire avec elle. Il voulait rester dans ses bras, écouter ses histoires, mais Katya avait tout perdu. Elle avait oublié ? Oui, à cause de Dieu. Elle avait oublié ses amis, ceux qui étaient là. Alors lui, il voulait bien croire en Dieu, il voulait bien croire en tout ce que Katya lui dirait, mais il ne voulait pas abandonner les esprits. Était-ce si dur à comprendre ? Les désirs d'un enfant capricieux qui a peur de grandir ? Il se roula en boule, se calant dans les couvertures arrachées du lit, dans un coin reculé de la chambre, comme un animal blessé. Mais les animaux ne croient pas, non ?

    – Katya, tu ne comprends pas, da ? Tu ne comprends plus rien ! Il essuya d'un revers de main les quelques larmes qui s'accrochaient à ses yeux rougis, parlant d'une voix sanglotante. Tu as tout oublié. C'est pas juste ! Pourquoi il faut que je les laisse ! Je n'ai rien demandé moi ! Moi je voulais juste... je voulais juste rester avec Katya ! Pourquoi il a fallu que tu compliques tout ! Pourquoi tu ne veux plus croire ! Est-ce que c'est si différent que ce soit les esprits ou ton Dieu-machin qui t'empoisonne ? Da ? Eux au moins ils sont là ! Ils te regardent, et ça les rend triste que tu sois devenue comme ça, à ne plus croire en rien !

    Les sentiments d'un enfant refoulés depuis des années, qui s'envolent pour des raisons futiles, balbutiantes, à peine compréhensibles, s'alignant à moitié les unes avec les autres, sans logique aucune. Ivan s'était redressé pour faire face à sa sœur, la mine grave et tordue, les joues resserrées, tenaillées entre ses dents serrés. Il était bien loin d'arriver à sa taille, non, il ne la surplombait pas encore. Un jour, ça viendrait. Pour le moment il était encore le plus petit des deux. Mais, il avait déjà l'impression que c'était à lui de la protéger. Pourquoi ? Il était pourtant le cadet, il ne devrait pas. C'était elle qui s'enfonçait dans la mauvaise voie ! C'était elle qui se trompait ! Elle ! Elle ! Ce n'était pas lui ! Lui, il avait raison, lui, il croyait, lui, il rêvait, elle, elle ne croyait ni ne rêvait plus !

    – Et qu'est-ce que tu veux faire pour Natasha, hein? Natasha elle a besoin qu'on lui raconte des histoires et qu'on prenne soin d'elle, il peut faire ça, ton Dieu?! Da?!

    Et un petit sourire satisfait, comme s'il venait de prendre sa revanche sur cet être qu'il tenait responsable de le décadence de sa sœur. Oui, c'était de sa faute à lui. Katya ne pouvait pas être responsable. Le seul problème, c'était que Katya était trop gentille, alors elle le laissait tout faire à sa guise et elle ne disait rien. Katya, elle ne savait pas qu'elle pouvait dire quelque chose. Katya, elle se laissait marcher sur les pieds alors qu'il ne fallait pas. Katya, elle était juste faite pour être grande sœur, et rien d'autre.

    – Mais ça ira, parce que moi, je vous protégerai. Moi, je te protègerai de ce sale menteur qui veut te faire oublier. Alors tu n'as plus à baisser les bras, da ? Un jour, je le battrai, et il te laissera tranquille, et tu verras que ton Dieu, c'est pas un esprit, c'est rien qu'un sale type qui croit tout savoir mieux que tout le monde.

    Не проснуться.



Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Au temps où tu souriais innocemment [Rus' de Kiev en ses débuts - Russie]   Aujourd'hui à 18:46

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Au temps où tu souriais innocemment [Rus' de Kiev en ses débuts - Russie]

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